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Un petit article pour répondre aux cassandres en tout genre qui souhaite une sortie de l’Euro pour résoudre la crise économique européenne actuelle. Pour se faire, je me base sur les arguments étayé par M. Jean Pisani-Ferry, économiste et directeur de Bruegel, centre de recherche et de débats sur les politi­ques économiques en Europe, pour affirmer qu’une sortie de l’Euro serait une complète impasse aux problèmes économiques actuelles de la France et de l’Europe.

cassandre sortie euro

En effet, présenter une sortie de l’Euro comme une solution miracle pour résoudre la situation économique actuelle est une vaste chimère. Au mieux, cela servirait de placebo sur une jambe de bois, et au pire, cela nous conduirait à une crise économique sans comparaison avec celle actuelle. Un peu comme chaque année, cette éternelle question qui revient, telle un marronnier, sur la question du changement d’heure. Il est toujours plus facile de retarder sa montre que de changer ses habitudes pour venir une heure plus tôt au travail.  En clair, pour l’Euro, c’est la même chose. On entend de plus en plus comme raisonnement que la sortie de l’Euro est une solution viable dès qu’un pays souffre d’un problème de compétitivité, au lieu de chercher les vrais causes du problème, pour l’économie de ce pays d’une part, mais également pour l’Euro.

Un euro trop fort du fait d’un dollar trop faible

Tout d’abord les problèmes de compétitivité engendré par l’Euro sont d’abord dû à sa valeur très forte, trop forte, sur le marché des changes. Cela du fait d’un dollar beaucoup trop bas, maintenu artificiellement à une faible valeur par les autorités américaines pour permettre aux USA de compenser leurs dettes abyssales par une extrême compétitivité. cela évidemment au détriment des américains. D’autant que les fondements de la crise actuelle, reliquat de celles des subprimes, sont avant tout dû à la finance américaine.

Le secrétaire américain au Trésor, Timothy Geithner, a donc beau jeu de faire la leçon aux Européens.

Sortir de l’Euro, une solution économique simpliste

La solution à tous les problèmes pour lutter contre l’inflation et le problème de compétitivité, c’est donc de sortir de l’Euro, à en entendre ses détracteurs. La facilité donc, au lieu de mettre en place dans le temps des mesures économiques pour permettre aux entreprises et aux salariés de s’astreindre laborieusement à résorber l’inflation passée des prix et des salaires. C’est certes plus long et fastidieux mais au final beaucoup moins dangereux.

La solution de facilité serait alors de rebasculer sur une monnaie nationale par pays, pour pouvoir jouer artificiellement sur le taux de change (le principe de la planche à billet), et ainsi rétablir la compétitivité. Les outils de base d’une monnaie et qui font défaut, il est vrai, à l’Euro, du fait d’un manque d’harmonisation des politiques fiscales et économiques des pays européens (sans compter des types d’économies fort différentes, entre l’économie industrielle allemande et l’économie de consommation française par exemple).

Le problème de tout cela est qu’une variation du taux de change ne conduit pas forcément à l’objectif voulu, à savoir une dévaluation interne du pays, des prix et des salaires.

Un obstacle juridique important

Le deuxième obstacle est juridique, notamment au niveau du traité européen. Celui-ci comporte en effet une clause de sortie volontaire de l’Union Européen, mais il n’existe pas de clause concernant une éventuelle sortie de l’euro. Un état de l’Union peut donc très bien décider de quitter l’Union Européenne (et perdre dans le même temps, les aides des fonds européens tels que Interreg, Urban+, ainsi que les bénéfices de la PAC, très importances dans le cas de la Grèce et du Portugal), mais il n’existe en l’état aucune procédure pour quitter l’Euro sans quitter dans le même temps l’Union Européenne.

Or si la Grèce, par exemple, quitte l’Euro et dans le même temps, l’Union Européenne, alors sa situation sera encore plus dramatique, sans pour autant rééquilibrer l’économie de l’Union Européenne, du fait d’effets « boule de neige ».

Techniquement et économiquement difficile dans une économie moderne

Le deuxième obstacle à une sortie de l’Euro est avant tout technique. S’il est facile de changer de monnaie dans un pays en phase de développement avec un secteur financier embryonnaire, c’est une tout autre affaire dans une économie moderne, avec ses ensembles de ramifications et imbrications de son secteur financier à l’international. Il a ainsi fallu des années de préparation, d’adaptation et de rodage des secteurs économiques des pays européens lors du passage à l’Euro, avec au préalable un système de double cotations des échanges (monnaies nationales-ECU) pour aligner progressivement l’ensemble des systèmes informatiques.

Economiquement désastreux

Le troisième obstacle est évidemment économique. Il est absolument inconscient d’affirmer, comme c’est le cas avec les détracteurs de l’Euro, qu’il est possible d’anticiper une dévaluation contrôlée de la nouvelle monnaie nationale.

Notamment du fait que le basculement vers une monnaie nationale serait dès le départ un aveu de faiblesse énorme, qui n’encouragerait pas les investisseurs et les créanciers internationaux à faire confiance à cette nouvelle monnaie. Et sans crédibilité, il est alors illusoire de penser pouvoir maitriser le taux de change de la nouvelle monnaie, qui risque rapidement de devenir sans valeur selon l’évolution et la volonté des marchés, avec les conséquences sur l’inflation que cela implique.

Pour s’en convaincre, il suffit de regarder le cas de l’Argentine en 2002 quand elle a rompu son taux de change fixe avec le dollar américain. En janvier 2002, le gouvernement argentin annonçait un nou­veau taux de change de 1,4 peso (au lieu de 1 peso) pour 1 dollar. En juillet 2002, il n’était plus que de 4 pesos pour 1 dollar. Soit une perte pour le peso de trois quarts de sa valeur.

Bien sûr, certains vous diront qu’une monnaie avec un taux de change si faible permettra une économie hypercompétitive. Mais c’est oublié que dans le même temps, les prix des produits et des matières importés seront multipliés par 4, avec les mêmes salaires initiaux. Le consommateur sera donc considérablement appauvri, avec une chute drastique de la consommation, et de donc de la croissance (voire récession) pour une économie de consommation comme celle de la France. Il en sera de même pour l’industrie et les entreprises qui seront incapables de se procurer équipements et produits non finis à des coûts concevables pour rester compétitif à l’export.

Financièrement catastrophique

Le quatrième obstacle est sans doute le plus sérieux. C’est l’obstacle finan­cier.

En prônant une sortie de la monnaie unique pour un basculement vers une monnaie nationale, afin de relancer l’économie, via la compétitivité, le pouvoir d’achat et la lutte contre l’inflation, on en oublie de penser à un autre facteur d’importance d’une économie nationale, à savoir les créances et dettes des ménages,  mais également des entre­prises ou de l’Etat, qui sont aujour­d’hui libellées en euros.Passés d’une monnaie à une autre risque fort d’être particulièrement épineux pour relibeller dans cette nouvelle monnaie. Non pas entre résidents, mais plutôt pour toutes les créances et des dettes internationales, entre résidents et non-résidents.

Or, si l’on suit les évaluations de Clai­re Waysand, du FMI, les créances et det­tes des pays de l’euro vis-à-vis de leurs partenaires s’élèvent en moyenne à 200 % du PIB qui s’organisent dans un ensemble particulièrement vaste et compliqué. Et que se passerait-il si cette nouvelle monnaie était dévalué ? Les entrepri­ses, les banques, les assurances, verraint alors certains postes de leur bilan demeurer en euros, tandis que d’autres subiraient une bruta­le chute de valeur. Avec à la clé, un grand nombre de faillites impossible à contrôler et à déterminer en amont.

Sans compter les éventuels paniques de particuliers qui auraient tout le temps nécessaire pour aller retirer leur argent auprès de leur banque. Là encore, faillite et réactions en chaine assurés !

Conclusion : sortir de l’Euro ne pourrait se faire en douceur et ne conduirait qu’à un chaos encore plus grand

il est inconcevable de penser qu’une sortie en douceur de l’Euro est possible. Elle n’engendrerait qu’un maelström et un chaos encore plus difficile à contrôler, par le jeu des mécanismes de précaution et les réactions en chaîne.  Elle n’engendrerait que destruction économique, ruines des finances, et serait socialement dévastatrice.

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