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radar croiseur aegis

Réminiscence de la guerre froide et rappel historique

Aujourd’hui, on va s’intéresser à un nouveau « joujou » datant de la guerre froide, à savoir le radar aérien SPY-1 Aegis, développé par Lockheed Martin pour équiper les destroyers et les croiseurs constituant les escortes des groupes aéronavales américains (CVBG-1).

Ce système est, à tout point de vue,un succès puisqu’il équipe un grand nombre de navires aux USA mais également à travers le Monde:

Mais en quoi ce radar aérien est-il différent des autres? Pour répondre à cette question, un bref rappel historique militaire est nécessaire.

Vers la fin des années 50, la Marine Américaine remplaça de façon progressive ses canons antiaériens par des systèmes missiliers. Cette mutation permit de faire face jusqu’aux années 60 aux menaces aériennes pour les groupes aéronavales.

Seulement, au même moment, dans le contexte de course aux armements initié par la Guerre Froide, l’URSS cherchait un moyen de contrecarrer l’hégémonie navale américaine.

Si un conflit ouvert avait éclaté entre les forces de l’OTAN et celles du Pacte de Varsovie, les possibilités de victoire des forces armées européennes et américaines en Europe aurait dépendu de la capacité d’approvisionnement délivré  par les marines marchandes en provenance des USA . Et pour stopper les GMO (groupe mouvement opérationnel) Russe, il aurait fallu une très grande quantité de munitions…L’objectif de la marine Russe était alors de couler un maximum de navires marchands pour empêcher ce ravitaillement, et ainsi étouffé les forces armées de l’OTAN.

Mais avant de pouvoir atteindre les convois de ravitaillement, il fallait aux forces Russes se débarrasser des forces navales américaines les escortant, et notamment les groupes aéronavales (CVBG). Or, la marine Russe était avant tout une « fleet-in-being », menaçante, mais incapable de soutenir la comparaison avec l’US Navy, tant en terme d’unités de bâtiments de combats (croiseurs, destroyers, frégates…) mais surtout de porte-avions. Ne souhaitant, et ne pouvant pas, rattraper leur retard par la contruction d’un grand nombre de nouvelles grandes unités, l’URSS s’est focalisé sur d’autres voies pour neutraliser l’US navy :

  • construction de sous-marins d’attaque nucléaire à longue portée (Codes OTAN: Foxtrot, November, Victor, Sierra, Alfa…)
  • développement de bombardiers longue portée (Codes OTAN: Tu-16 badger, Tu-22M Backfire…)
  • et surtout développement de toute une large gamme de missiles antinavires supersoniques et à longue portée (Codes OTAN: Styx, Kitchen, Sunburn…).

C’est surtout cette dernière menace qui a poussé les forces armées américaine à réfléchir à une nouvelle intégration de leur défense anti-missiles et anti-aériennes pour qu’un CVBG soit capable de faire face et de traiter un assaut de l’URSS constitué d’un très grand nombre de missiles supersoniques lancés sur plusieurs vecteurs par un grand nombre de bombardiers à longue portée.

La nouvelle défense américaine se composait de trois volets (encore utilisé aujourd’hui):

  • détection de la menace trans-horizon grâce au développement d’un avion de surveillance aérienne de longue portée, le E-2 Hawkeye,
  • développement d’un intercepteur capable d’emporter le nouveau missile air-air à longue portée AIM-54 Phoenix, à savoir le célèbre F-14 Tomcat, pour tenter d’intercepter les bombardiers russes avant leur point de lancement,
  • et en second échelon, si des bombardiers ont réussi à lancer leurs missiles, développement d’un système de radar aérien intégré antimissile et antiaérien, capable de traiter de multiples menaces « vampires » (avions ou missiles ennemis) de façon automatisé. C’est le fameux système  de combat Aegis centré autour du radar AN-SPY-1

Description technique

Le radar AN-SPY-1 est donc le coeur du système de combat anti-aérien AEGIS (surface-to-air).

Un système entièrement complet capable de traiter toutes les phases de la menace, depuis la détection automatique, l’identification, le suivi multiple et la destruction de la menace par un missile anti-missile (standard missile), placés dans des racks de lancement verticaux ou sur lanceur, du destroyer, du croiseur ou de la frégate que lequel le système est installé.

Ces « standard missile » ont évidemment évolué avec le temps, ainsi le système de combat Aegis a utilisé successivement :

  • le RIM-66 standard SM-1MR/SM-2MR (moyenne portée),
  • le RIM-67 standard SM-1ER/SM-2ER (moyenne longue portée),
  • le RIM-156 standard SM-2ER VLS, successeur du 67, capable d’être lancé verticalement depuis un rack (plus rapide et moins encombrant),
  • le RIM 161 standard SM-3, anti-aérien et anti-balistique (missiles intercontinentaux)

Le système AEGIS gère également les autres systèmes de défense de très courte portée (dernière couverture) tels que le système Phalanx CIWS.

Pour traiter la menace, il faut l’identifier et la « tracker », c’est le rôle du système radar aérien AN-SPY1, reconnaissable à sa forme singulière hexagonale.

Côté technique, on retiendra que le AN-SPY-1 est un système de radar tridimensionnel à balayage électronique multifonctionnelle  en bande S, c’est à dire opérant sur une bande de fréquence comprise entre 2 et 4GHz, et extrêmement puissant, allant jusqu’à un faisceau radar de 4 Megawatt si le ciblage est extrêmement fin (mieux vaut d’ailleurs ne pas se trouver dans le faisceau dans ce cas-là, ou dire adieu à la possibilité de faire des enfants).

Tout cela lui permet de détecter une menace dans un rayon de 185 kilomètres (100 milles marins) et de traiter simultanément 100 « vampires » différents, le tout sur un azimut de 360° omnidirectionnel, pour un couverture complète de la zone de combat.

 

 

fonctionnement radar spy

Le système radar a évidemment évolué dans le temps, avec de nombreuses refontes et améliorations. On retiendra ainsi les versions suivantes:

  • AN/SPY-1: Prototype pour développement,
  • AN/SPY-1A: première installation sur les croiseurs de classe Ticonderoga, pour du combat en haute mer (doctrine « blue water »),
  • AN/SPY-1B: nouvelle version améliorée installée sur les croiseurs de classe Ticonderoga à partir du CG-59,
  • AN/SPY-1B(V): Amélioration de la version -1B, « retrofit » sur les croiseurs Ticonderoga CG-59 et suivants,
  • AN/SPY-1D: Variante de la version -1B pour une installation sur les destroyers US Arleigh Burke, les croiseurs japonais Kongō-class destroyers et les frégates espagnoles Álvaro de Bazán
  • AN/SPY-1D(V): version destinée à la guerre de littoral (littoral warfare) et installée sur  les destroyers Atago, les destroyers sud-coréens King Sejong the Great et les frégates espagnoles F-105.
  • AN/SPY-1F: Plus petite version de la -1D destinée là encore à l’exportation pour les frégates, notamment de la classe Fridtjof Nansen.

 

evolution systeme aegis

Source photo : Lockheed Martin

 

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