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Durant les dernières présidentielles françaises, on a très souvent vu fleurir dans la presse française des rumeurs sur tel ou tel politique. Rumeurs souvent non fondées, et tapant aussi bien à gauche qu’à droite, celles-ci avaient pour principal point commun d’être né sur Twitter.
Le dernier exemple en date est celui des attaques menées depuis le média social contre la Garde des Sceaux, Christiane Taubira qui est accusée, sans preuve, d’avoir énoncé que brulé un drapeau français n’était pas répréhensible. Comme toujours, la rumeur enfle, et ce sans qu’aucune preuve concrète ne soit apportée.
Aujourd’hui, on va donc essayer de comprendre comment le fonctionnement de Twitter et les habitudes prises par certains, et en premier lieu les journalistes, contribuent à faire éclater et enfler ces rumeurs.

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Twitter – un média social fonctionnant comme un réseau d’espionnage

La ressemblance est en effet frappante si l’on se réfère au schéma que j’ai utilisé comme image d’illustration.

Tout bon réseau d’espionnage fonctionne en effet selon ce même principe (simplifié cela s’entend) : celui de cellules montantes et descendantes, toutes indépendantes l’une de l’autre, avec au sommet l’officier traitant (rattaché à une ambassade) et souvent un agent de terrain, souvent également clandestin. Et tout en bas, l’information collectée.

Entre les deux un nombre variable de cellules et de niveaux qui sont évidemment indépendantes les unes des autres. Le seul moyen qu’à l’information pour monter d’un niveau est de transiter par un système de boite aux lettres mortes (ou « dead drops ») connus seulement de l’élément inférieur et supérieur. Tous ces élément constituant autant de coupe-circuit  ou de fusibles.

L’intérêt de ce genre de pratique est évidemment de protéger le réseau constitué en évitant que l’édifice entier soit détruit si l’un des intervenants était démasqué ou pire retourné (intoxication).

Twitter et le cloisonnement des following

Paradoxalement, et en supprimant le côté espionnage, un réseau sur Twitter fonctionne pareillement. Chaque personne ayant un compte fonctionne comme une cellule indépendante d’un plus grand « réseau » avec ses followers (le niveau supérieur) et ses following (le niveau inférieur).

Et chacune de ces cellules (chaque personne) n’a de fait qu’une visibilité restreinte des niveaux inférieurs ou supérieurs. Du moins, si des recherches approfondies ne sont pas effectuées ou si des outils spécialisées ne sont pas utilisés.

En effet, on a, la plupart du temps, une vision assez clair des personnes que l’on suit ou qui nous suivent. De même, on accordera beaucoup de crédits aux personnes que l’on a décidé de suivre et on prendra donc très au sérieux les informations et données fournies par ces mêmes personnes.

Mais par contre, il sera plus difficile de savoir quel est le réseau personnel de la personne que l’on suit, et à qui celle-ci accorde t elle du crédit. Et ce même processus se répètera d’échelon inférieur en échelon inférieur, d’une manière de plus en plus opaque.

Twitter – un outil de recherche de l’information et de veille spécialisée

Les répercussions d’un tel système pourrait être anodin si Twitter était resté ce qu’il était au départ, à savoir un service de micro-blogging.

Mais au fil du temps, Twitter est devenu pour les acteurs professionnels à la recherche d’informations ciblées un outil de choix pour se tenir au courant des dernières évolutions. C’est d’ailleurs à ce jeu un outil parfait permettant de construire un réseau étendu de contacts sur de multiples thématiques. Et j’en suis un utilisateur friand.

Le problème est que Twitter est également devenu une source d’information de choix pour les journalistes. Or, si la naissance de rumeur est relativement faible sur des sujets très professionnels, ce n’est évidemment pas le cas dès que cela touche des sujets d’actualité, et notamment politique.

La naissance de la rumeur sur Twitter – la faute à un manque de visibilité et à une recherche constante de vitesse

Car certains sujets sont évidemment des cibles de choix pour de la désinformation.

Si l’on reprend le principe du système, le possesseur d’un compte twitter, au niveau de sa « cellule », verra l’information arrivée via ses « followings ». Accordant du crédit à ceux-ci (la constitution du réseau étant manuelle), ce même possesseur sera tenté de relayer, retwitter, l’information surtout si le sujet est brûlant.

Mais au niveau inférieur, qu’est ce qui nous prouve que le réseau constitué est aussi sérieux ? Et au niveau encore inférieur ? C’est souvent là que se glisse le grain de sable : une information douteuse trop vite relayée par une personne considérée comme professionnelle et qui, passant au niveau supérieur, devient soudainement « crédible » car relayé par un contact que l’on aura considéré comme « pro ». Et de niveau en niveau, cet effet s’accentuera.

D’autant que sur des niveaux parallèles, l’information sera également relayée, créant autant de ramifications qui renforceront le sérieux de la rumeur. Une sorte d’effet boule de neige.

L’effet s’accentuant, il sera alors de plus en plus difficile de retrouver la source de l’information, et donc de recouper les données. Même avec des outils compétents.

Le problème du scoop et de la recherche constante de vitesse

On sait pertinemment qu’un grand nombre d’erreurs pourraient être évitées, et donc autant de rumeurs tués dans l’oeuf, si un minimum de recherche en amont et en aval était effectué pour recouper l’information, avant de la faire passer au niveau supérieur.

Le problème est que, dans cette course incessante pour le buzz et le scoop, on cherche toujours à être le premier à relayer une information.

Or toute vérification, si minime soit-elle, prend du temps. Du temps qui peut vous faire perdre la primauté de l’information. On se contente donc souvent de voir si l’information a été retwittée ailleurs, notamment dans d’autres médias étrangers selon la provenance de l’information.

Et si l’effet « boule de neige » vu précédemment a fait son effet, alors l’information sera relayée le plus rapidement possible pour passer au niveau supérieur, à ses followers et le processus continuera.

La rumeur sera ainsi créée et continuera de se propager…

 

 

 

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