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Avec sa victoire à l’appel d’offre d’Autolib’ et la course contre-la montre qui s’en est suivi, il est clair que M.Vincent Bolloré a fait un pari, à la fois technologique et économique. L’avenir nous dira s’il a eu raison.

projet autolib voiture electrique

Qu’est ce qu’autolib?

Il est peut être tout d’abord nécessaire de rappeler ce qu’est le projet Autolib. Lancé par la municipalité de Paris par le biais d’un appel d’offres, le projet Autolib réside dans l’installation d’un vaste réseau de « stations », s’inspirant du fonctionnement du Vélib, et permettant de louer une voiture pour une durée déterminée, en libre service et en autopartage.

S’articulant autour d’un parc de 3000 véhicules entièrement électriques en libre-service sur Paris et sa couronne (45 villes), disponibles dans un réseau de 1100-1400 stations (700 à paris intra-muros, dont 200 souterraines, dans des parkings) sur la région parisienne (cf carte ci-après, disponible en version pdf en cliquant dessus, source:lefigaro.fr), le projet Autolib est censé révolutionner les modes de transports des franciliens et des parisiens.

réseau station autolib paris

Le principe de fonctionnement est en effet fort simple, comme pour le Velib : l’utilisateur potentiel prend un abonnement d’une valeur de 12€/mois (144€/an). Ensuite chaque demi-heure de fonctionnement est facturé 4€ (5€ la première demi-heure), lui donnant accès à l’un des véhicules électriques du réseau.

tarifs autolib

Ce projet a donc été gagné en décembre 2010 par le groupe Bolloré, face à Veolia Transport et au groupement SNCF-RATP-Vinci, avec son concept de « blue car » dont voici une illustration, et destiné à démocratiser l’utilisation partielle de la voiture, et surtout l’utilisation d’un véhicule propre:

autolib blue car bollore

Et comme une image, enfin plutôt une vidéo dans notre cas, vaut mille mots, voici une démonstration plus précise du concept de « blue car », le petit véhicule électrique de 4 places et capable de rouler jusqu’à 130 km/h.

Bon, maintenant que les présentations sont faites, voyons en quoi le groupe Bolloré a fait un pari sur l’avenir, tant économiquement, avec un service dont la viabilité reste à prouver et avec des barrières et résistances encore fortes à contourner, que technologiquement avec l’utilisation d’une batterie dont le groupe Bolloré est le seul au monde à détenir la technologie

Un pari économique

Paris a donc lancé depuis début le 3 octobre 2011, ce nouveau service de location en libre-service, avec un groupe d’utilisateurs « test » de 66 véhicules mis à disposition dans 33 stations à Paris (lancement officiel au 1er décembre 2011). La question que tout le monde se pose est donc aujourd’hui : est-ce que ce nouveau projet de libre-service trouvera sa clientèle et est ce que le projet « blue car » sera efficient ?

Il faut dire que l’engouement du groupe Bolloré pour le véhicule électrique est étonnant. Pourquoi donc un groupe comme Bolloré veut-il produire des batteries électriques ?

Pour Vincent Bolloré, cette diversification est, au contraire, totalement naturelle, du fait de l’expérience forte du groupe dans le domaine des condensateurs et de sa recherche constante dans les technologies de stockage d’électricité.

Et pourtant le pari est osé, notamment financièrement. Si l’on prend seulement l’investissement dans la tranche 2 de l’usine de production de batterie construite en Bretagne, à Ergué-Gabéric, siège historique du groupe, c’est près de
250 millions d’euros qui ont été investi, en grande partie sur fonds privés et avec un prêt de 130 millions de la Banque européenne d’investissement. Avec à terme, des perspectives d’embauche de 300 personnes.
Au total, ce sont près de 1,5 milliard d’euros qui ont été investi depuis le lancement de cette technologie pour qu’elle devienne rentable.

D’autant que le seuil de rentabilité du projet Autolib est difficile à atteindre, avec la nécessité d’atteindre une masse critique de 80 000 utilisateurs abonnés, utilisant ce service au moins deux fois par semaine et pour une durée supérieure à une heure. Cela pour des frais de fonctionnement annuels estimés à 100 millions d’euros par an, dont 60 millions d’euros dédiés aux frais de personnels des 1200 salariés nécessaires au fonctionnement du service.

… surtout pour un concept de libre-service qui reste à valider, notamment du fait des profondes barrières à l’entrée qui reste à contrer :

  • le personnel constant et un système à valider pour lutter contre le vandalisme des véhicules
  • valider le système pour assurer une disponibilité maximale des véhicules pour une usure limitée
  • s’assurer d’une clientèle intéressée et pérenne

Pas si simple donc pour être rentable…

Pari technologique

Mais l’autre grand défi du groupe Bolloré avec l’Autolib réside dans le pari technologique qui a été fait au niveau de la batterie électrique utilisée.

Depuis 2007, le groupe Bolloré détient en effet une technologie de batterie qu’il est le seul à utiliser. Cette technologie réside dans une batterie « sèche » au lithium-métal-polymère, par opposition à la technologie couramment utilisée pour les véhicules électrique de batterie liquide au lithium-ion (utilisée par Renault-Nissan, PSA ou Volkswagen).

Pourquoi ce choix de seul contre tous? Tout simplement parce que M. Bolloré estime que la technologie lithium-ion est très bonne pour une utilisation dans des appareil électroniques comme les téléphones portables et les ordinateurs, mais pas pour les véhicules électriques, notamment à cause des problèmes de surchauffe et des risques d’ incendies qu’elles peuvent causer.

Au contraire, cette batterie « sèche » au lithium-métal-polymère ne peut risquer de s’enflammer qu’à 180 degrés Celsius, contre seulement 70 degrés pour les batteries liquides au lithium-ion. Pas de surchauffe donc, et donc une technologie beaucoup plus intéressante, ne serait-ce que pour des raisons de sécurité, dixit le groupe Bolloré.
Autre intérêt, d’après le groupe Bolloré, ses batteries « sèches » permettraient de stocker, à poids équivalent, quatre ou cinq fois plus d’énergie qu’une batterie « traditionnelle » lithium-ion, pour une autonomie d’environ 250 kilomètres (contre 160 kilomètres pour les autres constructeurs).
Enfin, elle serait beaucoup moins sensible, en termes d’autonomie, aux variations de température.

Ce serait donc la technologie miracle ? Pas si sûr quand on connait les problèmes de mise au point et de fiabilité qu’a connu cette batterie, et qui explique pourquoi d’autres constructeurs ont fait un choix de simplicité vers le lithium-ion. Sans compter que ces « performances » n’ont pour le moment pas été validées en conditions réelles et dans la pratique.

Bref, il y aura donc un gagnant et un perdant. Et le groupe Bolloré en est parfaitement conscient. Le projet Autolib fera donc office de « crash test » pour ce nouveau modèle technologique de batterie. Une véritable vitrine technologique donc. Ce qui est sûr, c’est que le suspense sera de courte durée, et on verra rapidement si ce choix innovant en terme de batterie a été le bon, tant dans l’autonomie que dans la durabilité/durée de vie de la batterie.

Les atouts du groupe Bolloré

Pour réussir ce pari sur l’Autolib, notamment en terme de production de batteries, le groupe Bolloré peut compter sur son outil industriel reposant sur deux usines. L’une se situe au Québec et l’autre dans le village d’Ergué-Gabéric (Finistère), où se trouve également le siège historique du groupe familial, et dont la deuxième tranche devrait être opérationnel en janvier 2011.

En tout, ce sont ainsi près de 15000 packs de batteries qui pourront être produite, en plus des 2500 déjà fabriqués dans le premier bâtiment inauguré en 2010.
Cette capacité de production permettra ainsi au groupe de rapidement nouer des partenariats opérationnels avec d’autres constructeurs automobiles si le choix de sa technologie s’avère le bon.

L’autre atout du groupe Bolloré réside dans la maitrise complète du groupe par M. Vincent Bolloré, en termes de droits de vote. Etant propriétaire de son entreprise à 82%, il n’est donc pas à la merci des actionnaires, et n’est donc pas tenu de résultats destinés à verser des dividendes annuels.
Il se sait donc prêt à perdre de l’argent, et surtout à privilégier l’investissement. D’autant que les autres activités du groupe, très rentable, peuvent, pour le moment, parfaitement couvrir les dépenses et investissements, ainsi que les éventuelles pertes de ce projet.

De même, malgré ce « nouveau métier », le groupe Bolloré a su s’entourer de grands noms de l’automobile comme le styliste italien Pinifarina qui a dessiné la « Blue Car ».

Enfin, le groupe Bolloré a parfaitement anticipé le fait qu’Autolib, et plus globalement son modèle de batterie, nécessitera de gros ajustements, suite à des erreurs de jeunesse, et qu’il faudra rapidement les corriger. Cette perception de l’erreur sera peut-être également un autre gage de réussite, tout comme cette approche, pleine de volonté et de conquête, en qualité d’outsider que personne n’attend, sauf dans l’échec…

D’autant que le projet Autolib’ n’est pas une finalité pour le groupe Bolloré, mais bien un moyen, une vitrine, pour son modèle technologique de batterie électrique, susceptible de lui ouvrir la voie de nouveaux partenariats industriels.

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