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terres rares et oxydes

Commençons par le commencement : que sont les terres rares ?

Si l’on se réfère à wikipedia (sérieuse sur ce genre de sujet technique), les terres rares sont un groupes de métaux qui possèdent des propriétés chimiques voisines.

Contrairement à leur appellation, leur concentration dans l’écorce terrestre est identique à des métaux plus communs comme le cuivre mais du fait de leurs propriétés géochimiques, leur répartition géographique est par contre très inégale avec une concentration importante dans certaines zones du globe (Afrique de l’Ouest, Amérique du Sud, Chine…).

Ainsi, on retrouvera dans la classification des terres rares des métaux comme le cérium, le thulium, le lutécium ou le monazite, le xénotime….concentrés dans certaines régions du globe terrestre, à savoir les Etats-Unis, la Chine, l’Inde et la CEI.

Problème : une demande croissante pour une production de plus en plus concentré

Ce qui aurait pu rester une question de géochimie est en train de devenir à grande vitesse, un problème de géopolitique internationale.

En effet, au fil des années, tous ces métaux  voient leur utilisation s’accroitre dans la production industrielle internationale de pointe pour des produits de haute technicité ou stratégique (notamment militaire), du fait même de leurs propriétés géochimiques:

  • le monazite pourrait être envisagé comme une base pour le stockage de matériaux radioactifs du fait de sa capacité d’absorption de l’uranium,
  • antimoine, pour la production de semi-conducteurs, nécessaire à l’industrie électronique,
  • le samarium, est très utilisé dans le domaine militaire pour des aimants de missiles et des composants de moteurs électriques, notamment pour les moteurs d’éoliennes,
  • le lithium pour les batteries d’appareils électroniques,
  • idem pour le néodyme que l’on retrouve dans des composants pour radars, sonars et autres capteurs,
  • le thulium est couramment utilisé  comme pigment pour les tubes cathodiques ou composant de micro-ondes.
  • tandis que d’autres terres rares sont utilisées pour les tubes triphosphores, et des ampoules électriques basse-consommation…
  • et la liste des applications est encore longue…

terres rares dans le secteur de la défense

Dans un sens, c’est assez logique. A chaque époque, on voit se développer l’apanage du contrôle de matières premières stratégiques, depuis l’époque du fer. Rappelons-nous de l’empire britannique avec son contrôle sur l’approvisionnement en salpêtre, et donc de la poudre noire pour les canons, grâce à l’Inde et ses immenses champs d’urine séché. Il en est de même pour les terres rares.

Problème, l’extraction de ces terres rares est extrêmement polluante si des investissements importants ne sont pas consentis. Ainsi, si jusque dans les années 50, l’essentiel de la production en terres rares était assuré par le Brésil et l’Inde, puis par l’Afrique du Sud, elle est désormais l’hégémonie essentiel de la Chine avec ses terrains situés en Mongolie qui assure désormais 90 à 95 % de la production mondiale.

production mondial métaux terres raresNe reste que 5 à 10 % en provenance d’autres pays :

  • Etats-Unis pour le molybdène,
  • Chili pour le lithium,
  • Brésil pour le niobium,
  • Russie pour le palladium,
  • Australie pour le titane

C’est bien trop peu pour permettre un approvisionnement diversifiée, et donc permettre une libre concurrence efficace.

minerais du terre rare

On a donc désormais une production de plus en plus concentrée et focalisée donc, pour une demande mondiale qui va croissante, au fur et à mesure que la liste des applications dans l’industrie de ces terres rares augmentent….

… et que se profile très clairement une situation de dépendance de la part des principaux pays industrialisés à l’égard de la Chine, ce qui forcément ne peut que nous inquiéter….

Les terres rares, nouvelles sources de conflit de demain?

D’autant que cette menace est de plus en plus en train de devenir une réalité. Ainsi, depuis 2005, et encore tout récemment, la Chine a décidé de mettre en place des quotas et de nouvelles taxations sur l’approvisionnement des autres pays en terres rares, et diminue année après année ses exportations en terres rares, avec un pic en 2010 (réduction de 72% sur les quotas d’exportation).

Ce pour diverses raisons :

  • pour des raisons écologiques tout d’abord, la Chine subissant de plein fouet les premiers effets d’une industrialisation massive,
  • mais également pour faire face à ses propres besoins industriels internes, eux-mêmes en très forte progression (près de 50% de sa propre production),
  • qui débouche aussi sur une volonté de développement économique encore plus poussé du pays, vers une production locale de produits de plus en plus élaborés, en forçant les multinationales à produire de plus en plus de biens de haute technicité nécessitant ces minéraux en Chine, avec évidemment les transferts de technologie qui vont avec…

Résultat, face à ces restrictions de production et à une demande mondiale qui ne cesse d’augmenter, les prix de ces terres rares ont flambé sur ces derniers mois, avec un bond hallucinant de 800%.

D’autant que la Chine est très bien consciente de son hégémonie dans ce domaine, et se sert de cet avantage concurrentiel comme d’une arme politique :

  • afin d’accroitre sa présence sur la scène internationale encore faible malgré son poids économique (c’est d’ailleurs pour cela qu’elle a lancé l’idée de créer une bourse des terres rares en Mongolie-Intérieure, sur le modèle de la bourse des matières premières agricoles de Chicago),
  • et pour mettre au pas certains « partenaires » récalcitrants, comme par exemple le Japon qui en a subi les effets lors de la dernière dispute politique (arraisonnement d’un chalutier chinois dans les eaux japonaises) de ces deux pays  en 2010.

Tout cela pour retrouver son pouvoir et son prestige d’antan, mais également pour se venger d’injustices et d’humiliations dans le passé de la part des autres pays industrialisés (guerre de l’Opium, guerre des Boxers, Seconde guerre Mondiale…).

Bref, les terres rares sont devenues pour la Chine une arme précieuse, au même titre que le pétrole pour d’autres pays. Avec une domination encore plus importante.

 

terres rares chinoises

Une domination, fruit d’une erreur stratégique occidentale

Résultat de cette hégémonie et de ces dernières mesures de restriction, les pays industrialisés se réveillent enfin et constatent avec effroi la situation.

Cherchant à remédier à cette situation, mettant à mal leur stratégie d’encerclement maitrisé de la Chine (concept de Spykamn:  heartland/rimland) à laquelle on ne cède au final que son industrie polluante, les pays industrialisés sont désormais à la recherche de sources d’approvisionnements alternatives.

Pour autant, cette situation est avant tout le résultat d’une erreur stratégique bien naïve de la part de ces mêmes pays. Car, contrairement à d’autres pays, la Chine a le mérite d’avoir une pensée stratégique économique a long terme, et sa volonté de contrôler la production de terres rares ne date pas d’hier.

Ainsi, dès 1992, le premier secrétaire de l’époque, Deng Xioping déclarait:

« Le Moyen Orient a du pétrole, la Chine a les terres rares »

Message limpide pourtant, surtout sachant déjà à cette date que le développement des NTIC, de l’informatique et de l’internet serait très gourmand en terres rares.

Résultat aujourd’hui, l’hégémonie est là et bien là, et tous les autres acteurs « entreprises » internationaux n’ont pas les moyens de lutter à arme égale contre les entreprises étatiques chinoises, comme China Non Ferrous Co, surtout depuis la dernière crise financière qui ont vu leurs solidités financières fortement ébranlées.

Un régal pour les entreprises chinoises qui prennent pas à pas le contrôle ou des parts importantes dans des sociétés étrangères spécialisées dans l’extraction de terres rares : Lynas (Australie), Arafura (Australie), Tek resources (Canada)… et renforcent d’autant sa position dominante.

Bref, si une réaction doit se faire pour se dégager de cette dépendance, elle doit être au moins étatique voir « régionale » (ALENA, Union Européenne, ASEAN, Mercosur…).

Un espoir cependant : une mise en opération de nouveaux gisements

Car tout espoir n’est pas perdu de mettre fin à cette hégémonie. En effet, si la Chine est le principale producteur de terres rares et l’un de ces gisements les plus importants, ce n’est évidemment pas le seul pays à disposer de réserves conséquentes.

Les Etats-Unis disposent d’un stock équivalent à 12% de la masse globale disponible sur le globe, la CEI 17% et l’Inde 2.8%…Sans oublier l’Australie, le Canada, le Brésil, le Vietnam ou l’Indonésie. Tous ces pays sont en train de remettre en état opérationnel leur production afin de contrecarrer la domination chinoise…. même si celle-ci ne pourra être pleinement opérationnel avant 2014.

Des partenariats sont également en train d’émerger, notamment dans le cas du Japon qui a signé des accord d’exploitation avec le Kazakhstan et le Vietnam.

De nouveaux gisements sont également découverts, comme par exemple en Argentine avec la mise en prospection d’un gisement d’importance en Amérique du Sud

Dans le même temps, des géologues japonais estiment avoir trouvé un nouveau gisement de terres rares au large du Pacifique, par 3000 mètres de profondeur, dans les sédiments qui couvrent les fonds marins, le tout étant facile d’exploitation (non radioactives), même si peu écologique, les fonds marins étant très lent à se renouveler.

Enfin, un effort important a été accordé ces dernières années dans les recherches concernant le recyclage des terres rares, afin de faciliter l’approvisionnement en ressources tout en préservant la planète. Ainsi des sociétés comme Rhodia, en partenariat avec Areva, développe des procédés de recyclage fort intéressant pour récupérer les terres rares, notamment dans les ampoules de basse consommation (poudres luminophores).

Source photos:

http://www.greenetvert.fr/2011/07/18/les-terres-rares-du-pacifique-pourraient-sauver-l%E2%80%99industrie-verte-de-l%E2%80%99archipel/25846

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