Portes-avions d’eau douce – USS Wolverine

Portes-avions d’eau douce – USS Wolverine

On associe toujours le porte-avions avec un environnement marin relativement vaste : un océan pour le moins. Roi des mers, il a pourtant existé des porte-avions qui ont été prince de grands lacs…

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Est-ce que la bataille pour le paiement mobile a commencé ?

Est-ce que la bataille pour le paiement mobile a commencé ?

On pensait voir apparaître ces fonctionnalités dans les dernières versions des Samsung Galaxy et Iphone d’Apple, et pourtant il ne faut pas se leurrer la prochaine guerre du paiement mobile a bel et bien commencé. Pour preuve, les annonces de plus en plus nombreuses que l’on retrouve dans l’actualité ces derniers mois, que ce soit sur l’équipement des prochains smartphones en terme de capacités de paiement mobile (NFC notamment, « Near Field Contact ») ou les partenariats des institutions bancaires avec les principaux fabricants de téléphones.

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Histoire de l’arbalète, terreur des chevaliers

Histoire de l’arbalète, terreur des chevaliers

De tous temps, l’arbalète a été associé à une arme parfaite contre les chevaliers en raison de sa portée, de sa grande précision et de sa force d’impact, seule arme capable à l’époque de transpercer l’armure des chevaliers.

arbalete de siège

Origine de l’arbalète : l’antiquité

Malgré ce que l’on pourrait croire, l’arbalète est très ancienne et fut inventés dans l’antiquité, peut-être en Grèce (sous le nom de « gastraphétès ») ou au Proche-Orient. Notons qu’au départ, elle ne fut pas destiné à la guerre mais plutôt à la chasse de par sa grande précision et sa puissance permettant aux carreaux de voler plus droit à travers les feuillages sans être déviées, contrairement aux flèches.

Son introduction dans les unités militaires à grande échelle se fit essentiellement en Europe à partir du Xème siècle, même si l’on sait que des unités complètes d’arbalétriers furent introduits dans les armées romaines ou carthaginoises.

De façon simplifié, une arbalète se compose d’un arc monté horizontalement sur un affût, l’arbrier, et permettant de tirer des carreaux, plus courts mais plus épais que des flèches, donc volant plus droit, et pouvant être munis à leur extrémité d’une grande variété de pointes ou d’embouts, selon le type de cible visée.

Munis de plusieurs mécanismes pour bander l’arc, et de plusieurs évolutions pour accélérer le rechargement au cours des siècles pour faciliter son utilisation, l’arbalète se composait des mouvements suivants:

  • bander l’arc (via un étrier, cric, pied de biche, tour de manivelle…),
  • de le maintenir bandé (la noix)
  • de libérer la corde (la détente) pour lancer le projectile (le carreau ou le vireton).

Un bon tireur pouvait tirer atteindre une cadence de tir de 3 carreaux par minute, à une distance de 300 mètres.

Evolution au cours des âges

Évidemment, l’arme a évoluée avec le temps pour en faciliter son utilisation, notamment militaire. De fait, il a existé de nombreux types d’arbalètes, divergeant notamment sur le mode de tension de la corde de l’arc. Existait ainsi des arbalètes :

  • à levier d’armement (13ème siècle) pour tendre la corde,
  • à étrier (11ème siècle), pour prendre appui sur le pied et tendre la corde,
  • à crémaillère,
  • à cric à guindeau.
  • à répétition : une arbalète mis au point par les Chinois et munie d’un chargeur vertical d’environ dix coups, mais dont la puissance était bien moindre.
  • géante : engin de siège utilisé dans l’antiquité pour tirer des carreaux enflammés contre les murailles et les troupes ennemies.

Types de carreaux et d’embouts utilisés

Le carreau d’arbalète présentait ainsi l’avantage d’être spécialisé selon les besoins, contrairement à la flèche et à l’arc. On distinguait les embouts suivants:

  • Le trait ordinaire est une flèche courte (30 cm environ) mais plus épaisse et solide appelée au Moyen âge carrel ou carreau, à cause de la forme carrée de son fer.
  • La dondaine est un type de projectile militaire, disposant d’une forme renflée au niveau de son fût,  et destinée à l’alourdir et donc à augmenter sa force de pénétration.
  • Le madras a la particularité de ne pas avoir de pointe, il est utilisé pour la chasse.
  • Le tranchoir, a pointe plate et large, était destiné là encore à la guerre notamment pour la neutralisation des chevaux adverses et des cordages.
  • Le vireton était un autre type de trait d’arbalète militaire, avec un empennage hélicoïdale lui donnant une rotation pendant son vol, qui augmentait la force de pénétration.

carreaux arbalète

Fabrication d’une arbalète

La fabrication de l’arbalète était, à la fois, plus simple et plus complexe que celle d’un arc. Plus simple, car les savoir-faire nécessaires à sa fabrication étaient transmis via des guildes d’artisans de très haute qualification (notamment sur les variétés de bois à utiliser, de plumes ou des cuirs pour les empennages et de matériaux élastiques à sélectionner).

Mais également plus complexe, car l’arbalète, elle, ne pouvait être fabriquée que dans des ateliers maîtrisant des outils mécaniques préindustriels (forge, découpe, soudure), ce que l’on ne trouvait que dans les villes les plus importantes et les plus riches. Les guildes et les corporation des fabricants arbalétriers étaient de ce fait puissantes et respectées.

Autre avantage des arbalètes, les carreaux pouvaient être fabriqués grâce à des processus standardisés permettant un haut rythme de production, ce qui n’était pas le cas des flèches.

Une arme qui dérangeait

L’arbalète présentait de très nets avantages par rapport a l’arc traditionnel :

  • le ressort tendu permettant d’atteindre une distance de 300 mètres en tir tendu, chose que ne pouvait faire un arc, même composite,
  • le fait d’avoir la corde retenue par le crochet de détente permettait au tireur de mieux se concentrer sur son tir,
  • de même, il est beaucoup plus simple de maitriser une arbalète qu’un arc. Il suffisait d’une semaine pour devenir un tireur d’une honnête qualité sur arbalète, alors que l’arc long anglais nécessitait cinq ans d’entrainement quotidien pour pouvoir tirer efficacement.
  • enfin le carreau d’arbalète conservait une vélocité de pénétration d’une armure jusqu’à 90 mètres.

C’est surtout cette facilité d’utilisation et cette puissance, capable de percer une armure, et permettant à une personne de basse extraction d’abattre un chevalier et un noble (représentant l’autorité et dont le métier des armes avait nécessité des années de formation), qui conduisit l’Eglise à tenter d’en interdire l’usage, notamment lors du concile de Latran en 1139 (mais autorisé pour les Croisades). Mais dans la réalité, cette interdiction ne fut quasiment jamais respecté…

Cependant, l’arbalète n’était pas exempte de défaut, bien au contraire. Sa principal faiblesse reposait sur sa faible cadence de tir par rapport à l’arc (3 carreaux par minute maximum pour l’arbalète contre 10 pour un archer). Ainsi, en cas de charge de l’ennemi et vu la portée de l’arme, l’arbalétrier n’avait le droit en pratique à un ou deux tirs maximum avant de devoir se replier.De même son poids et son encombrement rendait l’arbalète moins pratique que l’arc, et la force équipée beaucoup moins mobile.

Par contre, c’était une arme parfaite en temps de siège ou pour les combats navals, ce qui explique pourquoi les meilleurs arbalétriers furent ceux des cités-états marchandes italiennes (Gênes, Venise…), dont le siège et la bataille navale étaient les modes de combats privilégiés.

Remplacé par l’arquebuse

L’arbalète vue son rôle décliné avec apparition de la poudre noire sur le champ de bataille, et notamment de l’arquebuse, au XVIème siècle.

Elle ne disparu pas pour autant et revint à son usage original, la chasse, en étant utilisée par les femmes de l’aristocratie européenne jusqu’au 18ème siècle.

Son usage militaire réapparut dans les années 60 quand les progrès mécaniques et les matériaux composites permirent de renforcer la portée et la puissance de l’arbalète tout en facilitant son rechargement. Les nouvelles arbalètes modernes sont donc toujours utilisés par les chasseurs pour leur côté silencieux, mais également par les forces spéciales de nombreux pays, toujours pour des raisons…. de silence (élimination des sentinelles et conservation de l’effet de surprise)

Le plus gros canon de tous les temps : Schwerer Gustav

Le plus gros canon de tous les temps : Schwerer Gustav

En termes absolus, et sans tenir compte des « super-canons » irakien du projet Babylone (Gerald bull) qui tenait plus du pipe-line, le titre de plus gros canon de tous les temps revient aux Allemands, et plus précisément à leurs constructeurs (car ce ont deux frêres jumeau !), la société Krupp, avec le Schwerer Gustav [ci-dessus], soit « le gros Gustaf » en hommage (sic!) au dirigeant de l’entreprise,  et à son frère Dora, soit le prénom de la fille du dirigeant. Deux canons de 800mm élaboré en 1934 et construit en 1941.

schwerer_gustav

La génèse de ce projet titanesque de canon géant : la destruction de la ligne Maginot

La volonté de construire de tels monstres répondait à la nécessité pour les Allemands à disposer d’une artillerie capable de mettre à bas les fortifications de la ligne Maginot française et des lignes belges fortifiées du Sudetenland et de Liège, en se basant sur les précédentes expérimentations menées pendant la Première guerre mondiale avec de l’artillerie lourde (Grosse Bertha notamment).

Les fortifications et les ouvrages de la ligne Maginot étaient en effet prévu pour résister à des impacts directs d’obus de très lourd calibre (protection de 7 mètres de béton renforcé couplé à un blindage acier d’un mètre d’épaisseur). Les Allemands ont donc cherché à passer outre ces nouvelles contraintes à l’aide de nouvelles armes, tels des obus lourds au Tungstène ou via le développement d’une artillerie encore plus lourde. C’est donc dans cette voie que fut développé le « Schwerer Gustav ».

L’ingénieur en chef de la société Krupp AG, Dr. Erich Müller calcula que la tâche de destruction de ces fortifications exigerait une arme d’un calibre d’environ 80 cm, tirant un projectile pesant au minimum 7 tonnes au travers d’un canon de 30 mètres de longueur. On imagine alors la taille du projet et du chantier.

Un chantier tel d’ailleurs, malgré un début des travaux en 1934 (fin des travaux théoriques et de recherche en 1936, commande ferme en 1937, livraison d’un canon d’essai en 1939 pour validation au polygone de tir d’Hillersleben), qu’ils ne furent pas fini à temps pour l’offensive sur la France en Mai 1940, suite à de nombreux problèmes techniques sur la forge des pièces du tube.

Caractéristiques techniques

plan coupe canon DoraVoici un plan de coupe du projet de canon « Dora ».  Noté au passage, la taille de la silhouette humaine !!!

Vertigineux… voici le mot qui vient à l’esprit quand on observe les caractéristiques de ces deux canons géants, dont voici le résumé:

ConstructeurKrupp
Nom officiel80 cm Kanone (E) Shwerer Gustav
Poids1350 T
(masse d'un destroyer)
Dimensions47,3 x 7,1 x 11,6 m
Assise deux voies de chemin de fer parallèles
Equipage500 hommes (servant)
250 hommes (assemblage)
2500 hommes pour gestion acheminement (remblais et pistes)
2 bataillons de Flak pour défense antiaérienne.
Longueur canon32,5 m
Calibre800 mm
Elévation/azimut48°/65°
Cadence de tir2 tirs/heure
14 tirs/jour
Vitesse initiale en sortie de bouche820 m/s
Portée37 km (munition antiblindage)
45 km (munition explosive)
Dimensions/masse obus 0,8 x 3,75 m
4.8/7.1 T
PénétrationAcier : 1 m
Béton Armé : 7 m
Béton : 10 m
Terre : 30 m
Mode de déplacementrail
Temps d'acheminement/préparation terrain3-6 semaines
Temps d'assemblage3 jours

La taille et le poids (notamment en terme de pression massique) de ce monstre était tel que les ingénieurs de Krupp ont été obligé de choisir la possibilité d’un transport et d’un support ferroviaire,  en asseyant l’arme sur 4 bogies ferroviaires (10 essieux chacun), circulant sur 2 voies de chemin de fer parallèles avec un espacement axial de 4m. Ce qui évidemment a légèrement complexifié les possibilités de mobilité du Schwerer Gustav !!!

D’autant que la taille du canon empêchait d’envisager l’utilisation d’un berceau tournant. Il fallait donc monté le canon sur place (soit un ensemble de pièces réparties dans 5 trains de 25 wagons, accompagnés des voitures annexes, ateliers, munitions et de deux grues conçus spécialement pour monter le canon sur son affût), près de la zone d’opérations, mais également construire un réseau de rails de chemins de fer, servant de voies de support, en arc de cercle, pour permettre l’orientation du canon. Avec le terrassement que cela implique, on comprend mieux les 3 à 6 semaines de préparation de terrain que nécessitait ce canon gigantesque.

montage chemin de fer canon Dora Schwerer-Gustav

Pour encore mieux se convaincre de l’incroyable taille de ce canon « Schwerer Gustav », il suffit d’observer la taille des obus destiné à être lancé depuis celui-ci avec un char T-34 Russe, de taille déjà conséquente.
D’un point de vue pratique, deux types de munitions ont été développés pour ce canon, l’un explosif de 4.8 t avec une charge utile de 700kg d’explosifs pour une portée maximale de 48 km, et des obus perforants de 7.1 t, pour une charge utile de 200kg d’explosifs et une portée maximale de 37 km (cf pénétration). La propulsion des obus était assuré par des gargousse de poudre de 10584 livres

obus gustav comparé char t-34

Ce canon de taille pharaonique et au prix exorbitant  (7 million de Reichsmarksoit le prix de 40 chars Panther environ) peut être également vu dans cette vidéo de propagande de l’Ufa :

Utilisation en condition réelle : le siège de Sébastopol

La France et la Belgique ayant été vaincu avant la livraison de canon à la Wehrmacht en 1941, et l’opération contre Gibraltar (opération Félix) ayant été reporté sine die après le refus de Franco, ce canon géant ne fut utiliser en condition qu’à une seule occasion, après le lancement de l’opération Barbarossa et l’invasion de l’URSS, lors du siège de la forteresse de Sébastopol.

Organisé sous l’unité (ferroviaire) lourde 672 d’artillerie (effectif : 1420 hommes), le canon Schwerer Gustav a été acheminé sur place en pièces détachées (25 parties), puis monté sur un délai de 6 semaines, en comptant les aménagements nécessaires en plus du montage proprement dit de l’arme (talus, voies ferrées…).

Les opérations de bombardement ont débuté le 5 juin 1942. durant lesquelles le Gustav a tiré 48 projectiles jusqu’en juillet 1942, selon le calendrier suivant :

  • 5 Juin
    • Tir contre des canons côtiers à une distance de 25.000 m. Huit obus.
    • Tir contre le fort de Staline . Six obus.
  • 6 Juin
    • Fort Molotov . Sept obus.
    • Tir contre la « Falaise blanche », un magasin de munitions sous-marin situé dans la baie de Severnaya. Situé à 30 mètres sous la mer, avec au moins 10 mètres de protection en béton, ce site était invulnérable aux armes conventionnelles. Les neuf obus tirés ont traversé près de 30 mètres d’eau pour finalement atteindre et détruire le magasin de munitions, suite à une explosion gigantesque qui entraina même la perte de navires en surface.
  • 7 Juin
    • Tir en appui d’une attaque d’infanterie sur Sudwestspitze, une fortification périphériques. Sept obus.
  • 11 Juin
    • Fort Sibérie . Cinq obus.
  • 17 Juin
    • Fort Maxime Gorki et sa batterie côtière. Cinq obus.

La fin des deux canons jumeaux

Après les opérations contre Sébastopol, le canon fut démonté pour un usage ultérieur après la remise en état du canon par Krupp. Il fut probablement envisagé d’utiliser le canon contre Varsovie, et il fut également monté près de Leningrad en prévision d’une attaque en 1943 qui fut finalement annulé. Dora quand à lui devait être utilisé contre Stalingrad mais fut démonté en urgence, lorsque le canon fut menacé d’encerclement.

Si le Gustav a été capturé par les troupes américaines avant d’être neutralisé, son frêre Dora dut détruit en 1945 par les troupes Allemandes pour éviter qu’il ne tombe entre les mains de l’Armée Rouge.

Source : wikipedia, canons free

Problème de l’armée française en 1940 : le cas de la DCA

Problème de l’armée française en 1940 : le cas de la DCA

Durant les congés d’été, je me suis encore une fois livré à une de mes activités préférées, à savoir disserter sur la seconde guerre mondiale, et plus précisément sur l’état de l’armée Française en 1940, et des raisons de sa défaite.

Un de mes sujets de prédilection que cette Armée Française de 1940. Et pourtant peu étudié. Elle a perdu, point ! Elle était incapable de gagner !

Et pourtant, ce n’est pas vrai. La France a perdu par l’accumulation incroyable de coups du sort et par l’incapacité de ces généraux à réagir efficacement, doublée d’une stratégie opérationnelle inefficiente . Ce n’est pas du chauvinisme, c’est juste que le temps et les écritures ont particulièrement réussi à faire rentrer dans les esprits un nombre incalculable d’idées reçues. Vae Victis comme dirait l’adage. D’autant que l’on ne trouve que très peu d’ouvrages étudiant son matériel et ses tactiques (au passage, je vous conseille d’ailleurs la lecture de cette très complète uchronie rédigée par une équipe de spécialistes partant du postulat que la France ne signait pas d’armistice en 1940 mais continuait le combat depuis ses colonies d’Afrique du Nord : Fantasque time line).

Donc pour pas mal de gens, le soldat français ne voulait pas se battre et s’est rendu très rapidement, le matériel de l’armée Française était dépassée face aux panzers allemands, la tactique allemande de « blizkrieg » était imparable…. et on pourrait continuer longtemps cette liste d’idées reçues.

Tout cela est cependant trop simple. Je pourrais cité par exemple un nombre important de matériel français particulièrement en avance sur leur temps comme le canon antichar 47mm, le char de cavalerie Somua S-35, et l’indestructible B1-Bis. Et en face, les panzer I et II qui formaient une part importante des divisions blindées allemandes  étaient plus proches de la caisse à savon que du char d’assaut (les panzer III et IV étaient en nombre très limitées, et le gros du matériel « solide » des Panzerdision provenait en fait des chars thèques Pz-35t et Pz-38t saisis lors de l’occupation de la Tchéquoslovaquie par l’Allemagne)

Non, la France a été battu du fait d’un immobilisme « tragique » de ses généraux, et du fait d’une stratégie inadaptée et dépassée dans des domaines critiques.

Comme il serait trop long de s’attarder en détail à tous les domaines, je vais en prendre un qui constitue un cas particulièrement flagrant d’archaïsme stratégique: celui de la DCA française en 1940.

canon de 75 mm 1936 AA

La DCA française de 1940 : un matériel ancien mais efficace

Faisant d’abord un état des lieux du matériel et des unités servant à la défense antiaérienne dans l’armée Française. Le premier constat est que l’on trouve un très grand nombre de matériels fort différents, ce qui déjà dénote un manque d’organisation dans la standardisation des équipements (un problème commun à toute l’armée en 1940 d’ailleurs), qui complique d’autant la tâche du ravitaillement avec un grand nombre de munitions différentes.

On trouvait ainsi pèle-mêle :

  • de la mitrailleuse de petit calibre MAC 7.5 mm,
  • des canons de gros calibre à faible cadence de tir mais permettant une saturation de zone avec des obus à fusée explosifs : 90, 94, 100 et 105 mm sur affûts AA tous azimuts,
  • des canons plus légers (calibre 20, 25, 37 et 40mm) mais plus adaptées à défense antiaérienne grâce à une cadence de tir plus élevée et à des montages en coaxial ou en quadruple :  on retiendra notamment l’excellent 25mm Hotchkiss CAM mle 39 avec une bonne cadence de tir et une munition adaptée à sa mission, ou l’excellent 40mm Bofors « pom-pom » en quadruple particulièrement efficace dans sa mission antiaérienne, sans oublier le 20 mm Oerlikon de très bonne facture.
  • des canons de moyen calibre en la personne des vénérables canons de 75mm, datant de 1897 pour certains, et montés sur plateforme fixe tous azimuts 1939. Une modernisation du parc avait été apportée dès 1932 et 1936 pour doter ce canon d’un tube plus long, pour une plus grande vitesse initiale (700 m/s) et une plus grande portée (plafond théorique de 8000 m). Malgré son âge, avec les modifications apportées, ce canon de 75mm remplissait parfaitement son rôle anti-aérien, étant capable de tirer à 25 coups par minute tout en étant facilement transportables.

canon 75 mm AA mle 1936

Les choses n’étaient pas parfaites, mais au vu des très maigres crédits consacrés à la DCA par les autorités, le parc de matériels permettait tout de même d’avoir des performances honorables. Les canons de  75 mm remplissaient leur rôle pour la DCA à moyenne altitude, par contre on manquait de matériels plus légers pour la DCA de basse altitude (avec un nombre très faible de 25mm hotchkiss et de 40 mm Bofors).

Ainsi, la DCA française aurait du pouvoir faire quelques choses, et apporter un minimum de protection aux unités terrestres face aux chasseurs adverses, et pourtant il n’en fut rien. Les bombardiers tactiques et les chasseurs allemands purent tranquillement apporter leur appui aux panzerdivision pour créer le Schwerpunkt (à Sedan notamment).

Le réel problème : une coordination déplorable et un état d’indigence complet

Le premier problème, on l’a vu précédemment, repose un parc de matériels un peu constitué de « bric et de broc » par l’armée.

La faute à des crédits très insuffisants pendant tout la période des années 20. En effet malgré des résultats très intéressants obtenus lors de la première guerre mondiale, la DCA a été tout bonnement sacrifié au profit d’autres secteurs de la défense nationale. Sans crédits, pas de recherche de nouveaux matériels, et encore moins de réflexions opérationnels sur un cadre d’utilisation commun.

Pourquoi ? Tout simplement parce que les décideurs de la défense de l’époque ont clairement sous-estimé le rôle futur de l’aviation dans la décision des batailles terrestres, aux travers de missions de bombardement opérationnel, logistique et de missions d’appui au sol et d’appui feu. Pour les généraux de l’époque, l’avion restait un moyen d’observation et de combat aérien, limité à une dimension aérienne, sans interaction avec la dimension terrestre (même de Gaulle qui prônait une plus grande combinaison de l’infanterie, de l’artillerie et du char, avait clairement fait abstraction de la puissance aérienne, contrairement à Guderian en Allemagne). Sans avoir à se défendre de l’avion, à quoi bon investir dans la défense antiaérienne ?

Ce n’est qu’au sortir de la guerre d’Espagne de 1396 que les généraux comprirent  leur retard, mais il était déjà trop tard. Ne serait ce que pour le développement et l’achat de nouveaux matériels, mais surtout pour développer une stratégie cohérente d’utilisation.

Ainsi, au début de la guerre, la France pouvait aligner 4300 pièces antiaériennes, tous calibres confondus, contre près de 20000 canons AA pour l’Allemagne.  Et encore, sur ces 4300 pièces :

  • 2300 pièces, allant d’un calibre de 7.5 mm à 40 mm, permettaient une défense à basse altitude,
  • 1850 pièces, d’un calibre de 75 mm, pour une défense à moyenne altitude (6000 m),
  • et seulement 150 pièces d’un calibre supérieur à 75mm, seul efficace au dessus de 6500 mètres. Aucune capacité donc pour atteindre des appareils à haute altitude.

Avec une absence totale de stratégie et sans véritable doctrine d’emploi, la DCA française ne pouvait être qu’inopérante. Cela se ressentit également dans son organisation. Contrairement à la DCA allemande confiée à la Luftwaffe (armée de l’air), la DCA française fut confiée à l’armée terrestre, avec une organisation qui ne fut jamais clairement définie.

Les forces de la DCA appelées « forces terrestres antiaériennes » en France (FTA) vont être réorganisés tout au long de la Drôle de guerre (1939-1940) sans jamais permettre de dégager un cadre clair. En mai 1940, ces forces étaient commandées par un général, qui était le conseiller de ses homologues commandants en chef des Forces terrestres et aériennes (Armée de l’Air). Il fallait en effet distingué parmi ces forces:

  • la DCA des armées de Terre, regroupé autour de sept régiments d’ « artillerie de défense contre avions » (RADCA), et comprenant chacun un état-major et plusieurs groupes de deux à cinq batteries (401ème RADCA, 402ème RADCA, 403ème RADCA, 404ème RADCA, 405ème RADCA, 406ème RADCA, 407ème RADCA), auquel s’ajoute une centaine de batteries autonomes (canons légers de 25 à 40mm), 89 compagnies de mitrailleuses, quelques sections spécialisées de 20mm Oerlikon, et 63 compagnies de guet,
  • et les formations de DAT (défense aérienne des territoires), dépendant elles de l’Armée de l’Air, équipées en canons de 25 mm et en mitrailleuses de 7.5mm, auquel s’ajoute des unités de ballons de protection, quelques unités de radar GM britanniques et une compagnie de détection électromagnétique,
  • sans oublier les zones littorales, où la DCA était géré par les Forces de Marine, avec des batteries terrestres de mitrailleuses, de canons légers, et de cinq batteries semi-mobiles de canons  de marine de 90mm CA mle 32, sans oublier de nombreux projecteurs, quelques ballons d’observation, des postes de guet et d’écoutes, et des barrages électromagnétiques sur Brest, Cherbourg, Toulon et Bizerte.

On obtenait donc une hydre à trois têtes, bien difficile à gérer et à commander.

Autre incohérence, depuis 1938, l’inspecteur de la chasse était également inspecteur de la défense aérienne, mais si la chasse dépendait du ministère de l’air dépendait du ministère de la Guerre et de la défense passive. Ceci, histoire de complexifier un peu plus la situation…

Et pour compléter ce tableau déplorable, il fallait savoir que les transmissions de la DCA ne passait par celui de l’armée de terre mais par celui civil des PTT.

Enfin, les servants de ces pièces de DCA étaient en grande majorité des réservistes, avec très peu d’entrainement sur des cibles en vol. Un défaut rédhibitoire quand on connait le degré de précision demandé aux servants des batteries de DCA.

Au final, ce ne fut pas le courage des artilleurs de la DCA qui fit défaut mais bien un manquement total de stratégie et de clairvoyance des décideurs qui avaient mésestimé la force et le poids de l’avion dans la décision de la bataille terrestre. Une erreur tragique qui couta très cher à l’armée Française lors de l’offensive allemande de 1940.