Projet Habakkuk : le projet fou d’un porte-avion de glace.

Projet Habakkuk : le projet fou d’un porte-avion de glace.

Projet Habakkuk… Derrière ce nom se cache sans doute l’un des projets les plus grandioses et les plus fous qui ont été imaginés durant la seconde guerre mondiale.   Le nom du projet, tirant son origine du prophète biblique Habacuc pour son ambition, avait pour objectif de s’appuyer sur le modèle de l’iceberg pour construire une sorte de super porte-avion géant, fait de glace et évoluant au milieu de l’océan Atlantique. Un projet dantesque qui fût finalement abandonnée en 1943, au profit de solutions plus rentables et surtout plus rapide à construire.

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FLIP – la bateau de recherche vertical

FLIP – la bateau de recherche vertical

Il n’y a pas longtemps, en me baladant parmi mes flux RSS, je suis trouvé sur une vidéo très étrange montrant un mât planté à la verticale planté en plein milieu de l’océan. En regardant plus attentivement, je me suis rendu compte que ce n’était pas seulement un mât, mais un bateau, le FLIP.
En voici une photo. Étonnant, non ?

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Le plus gros canon de tous les temps : Schwerer Gustav

Le plus gros canon de tous les temps : Schwerer Gustav

En termes absolus, et sans tenir compte des « super-canons » irakien du projet Babylone (Gerald bull) qui tenait plus du pipe-line, le titre de plus gros canon de tous les temps revient aux Allemands, et plus précisément à leurs constructeurs (car ce ont deux frêres jumeau !), la société Krupp, avec le Schwerer Gustav [ci-dessus], soit « le gros Gustaf » en hommage (sic!) au dirigeant de l’entreprise,  et à son frère Dora, soit le prénom de la fille du dirigeant. Deux canons de 800mm élaboré en 1934 et construit en 1941.

schwerer_gustav

La génèse de ce projet titanesque de canon géant : la destruction de la ligne Maginot

La volonté de construire de tels monstres répondait à la nécessité pour les Allemands à disposer d’une artillerie capable de mettre à bas les fortifications de la ligne Maginot française et des lignes belges fortifiées du Sudetenland et de Liège, en se basant sur les précédentes expérimentations menées pendant la Première guerre mondiale avec de l’artillerie lourde (Grosse Bertha notamment).

Les fortifications et les ouvrages de la ligne Maginot étaient en effet prévu pour résister à des impacts directs d’obus de très lourd calibre (protection de 7 mètres de béton renforcé couplé à un blindage acier d’un mètre d’épaisseur). Les Allemands ont donc cherché à passer outre ces nouvelles contraintes à l’aide de nouvelles armes, tels des obus lourds au Tungstène ou via le développement d’une artillerie encore plus lourde. C’est donc dans cette voie que fut développé le « Schwerer Gustav ».

L’ingénieur en chef de la société Krupp AG, Dr. Erich Müller calcula que la tâche de destruction de ces fortifications exigerait une arme d’un calibre d’environ 80 cm, tirant un projectile pesant au minimum 7 tonnes au travers d’un canon de 30 mètres de longueur. On imagine alors la taille du projet et du chantier.

Un chantier tel d’ailleurs, malgré un début des travaux en 1934 (fin des travaux théoriques et de recherche en 1936, commande ferme en 1937, livraison d’un canon d’essai en 1939 pour validation au polygone de tir d’Hillersleben), qu’ils ne furent pas fini à temps pour l’offensive sur la France en Mai 1940, suite à de nombreux problèmes techniques sur la forge des pièces du tube.

Caractéristiques techniques

plan coupe canon DoraVoici un plan de coupe du projet de canon « Dora ».  Noté au passage, la taille de la silhouette humaine !!!

Vertigineux… voici le mot qui vient à l’esprit quand on observe les caractéristiques de ces deux canons géants, dont voici le résumé:

ConstructeurKrupp
Nom officiel80 cm Kanone (E) Shwerer Gustav
Poids1350 T
(masse d'un destroyer)
Dimensions47,3 x 7,1 x 11,6 m
Assise deux voies de chemin de fer parallèles
Equipage500 hommes (servant)
250 hommes (assemblage)
2500 hommes pour gestion acheminement (remblais et pistes)
2 bataillons de Flak pour défense antiaérienne.
Longueur canon32,5 m
Calibre800 mm
Elévation/azimut48°/65°
Cadence de tir2 tirs/heure
14 tirs/jour
Vitesse initiale en sortie de bouche820 m/s
Portée37 km (munition antiblindage)
45 km (munition explosive)
Dimensions/masse obus 0,8 x 3,75 m
4.8/7.1 T
PénétrationAcier : 1 m
Béton Armé : 7 m
Béton : 10 m
Terre : 30 m
Mode de déplacementrail
Temps d'acheminement/préparation terrain3-6 semaines
Temps d'assemblage3 jours

La taille et le poids (notamment en terme de pression massique) de ce monstre était tel que les ingénieurs de Krupp ont été obligé de choisir la possibilité d’un transport et d’un support ferroviaire,  en asseyant l’arme sur 4 bogies ferroviaires (10 essieux chacun), circulant sur 2 voies de chemin de fer parallèles avec un espacement axial de 4m. Ce qui évidemment a légèrement complexifié les possibilités de mobilité du Schwerer Gustav !!!

D’autant que la taille du canon empêchait d’envisager l’utilisation d’un berceau tournant. Il fallait donc monté le canon sur place (soit un ensemble de pièces réparties dans 5 trains de 25 wagons, accompagnés des voitures annexes, ateliers, munitions et de deux grues conçus spécialement pour monter le canon sur son affût), près de la zone d’opérations, mais également construire un réseau de rails de chemins de fer, servant de voies de support, en arc de cercle, pour permettre l’orientation du canon. Avec le terrassement que cela implique, on comprend mieux les 3 à 6 semaines de préparation de terrain que nécessitait ce canon gigantesque.

montage chemin de fer canon Dora Schwerer-Gustav

Pour encore mieux se convaincre de l’incroyable taille de ce canon « Schwerer Gustav », il suffit d’observer la taille des obus destiné à être lancé depuis celui-ci avec un char T-34 Russe, de taille déjà conséquente.
D’un point de vue pratique, deux types de munitions ont été développés pour ce canon, l’un explosif de 4.8 t avec une charge utile de 700kg d’explosifs pour une portée maximale de 48 km, et des obus perforants de 7.1 t, pour une charge utile de 200kg d’explosifs et une portée maximale de 37 km (cf pénétration). La propulsion des obus était assuré par des gargousse de poudre de 10584 livres

obus gustav comparé char t-34

Ce canon de taille pharaonique et au prix exorbitant  (7 million de Reichsmarksoit le prix de 40 chars Panther environ) peut être également vu dans cette vidéo de propagande de l’Ufa :

Utilisation en condition réelle : le siège de Sébastopol

La France et la Belgique ayant été vaincu avant la livraison de canon à la Wehrmacht en 1941, et l’opération contre Gibraltar (opération Félix) ayant été reporté sine die après le refus de Franco, ce canon géant ne fut utiliser en condition qu’à une seule occasion, après le lancement de l’opération Barbarossa et l’invasion de l’URSS, lors du siège de la forteresse de Sébastopol.

Organisé sous l’unité (ferroviaire) lourde 672 d’artillerie (effectif : 1420 hommes), le canon Schwerer Gustav a été acheminé sur place en pièces détachées (25 parties), puis monté sur un délai de 6 semaines, en comptant les aménagements nécessaires en plus du montage proprement dit de l’arme (talus, voies ferrées…).

Les opérations de bombardement ont débuté le 5 juin 1942. durant lesquelles le Gustav a tiré 48 projectiles jusqu’en juillet 1942, selon le calendrier suivant :

  • 5 Juin
    • Tir contre des canons côtiers à une distance de 25.000 m. Huit obus.
    • Tir contre le fort de Staline . Six obus.
  • 6 Juin
    • Fort Molotov . Sept obus.
    • Tir contre la « Falaise blanche », un magasin de munitions sous-marin situé dans la baie de Severnaya. Situé à 30 mètres sous la mer, avec au moins 10 mètres de protection en béton, ce site était invulnérable aux armes conventionnelles. Les neuf obus tirés ont traversé près de 30 mètres d’eau pour finalement atteindre et détruire le magasin de munitions, suite à une explosion gigantesque qui entraina même la perte de navires en surface.
  • 7 Juin
    • Tir en appui d’une attaque d’infanterie sur Sudwestspitze, une fortification périphériques. Sept obus.
  • 11 Juin
    • Fort Sibérie . Cinq obus.
  • 17 Juin
    • Fort Maxime Gorki et sa batterie côtière. Cinq obus.

La fin des deux canons jumeaux

Après les opérations contre Sébastopol, le canon fut démonté pour un usage ultérieur après la remise en état du canon par Krupp. Il fut probablement envisagé d’utiliser le canon contre Varsovie, et il fut également monté près de Leningrad en prévision d’une attaque en 1943 qui fut finalement annulé. Dora quand à lui devait être utilisé contre Stalingrad mais fut démonté en urgence, lorsque le canon fut menacé d’encerclement.

Si le Gustav a été capturé par les troupes américaines avant d’être neutralisé, son frêre Dora dut détruit en 1945 par les troupes Allemandes pour éviter qu’il ne tombe entre les mains de l’Armée Rouge.

Source : wikipedia, canons free

Radar AN/Spy-1 Aegis

Radar AN/Spy-1 Aegis

radar croiseur aegis

Réminiscence de la guerre froide et rappel historique

Aujourd’hui, on va s’intéresser à un nouveau « joujou » datant de la guerre froide, à savoir le radar aérien SPY-1 Aegis, développé par Lockheed Martin pour équiper les destroyers et les croiseurs constituant les escortes des groupes aéronavales américains (CVBG-1).

Ce système est, à tout point de vue,un succès puisqu’il équipe un grand nombre de navires aux USA mais également à travers le Monde:

Mais en quoi ce radar aérien est-il différent des autres? Pour répondre à cette question, un bref rappel historique militaire est nécessaire.

Vers la fin des années 50, la Marine Américaine remplaça de façon progressive ses canons antiaériens par des systèmes missiliers. Cette mutation permit de faire face jusqu’aux années 60 aux menaces aériennes pour les groupes aéronavales.

Seulement, au même moment, dans le contexte de course aux armements initié par la Guerre Froide, l’URSS cherchait un moyen de contrecarrer l’hégémonie navale américaine.

Si un conflit ouvert avait éclaté entre les forces de l’OTAN et celles du Pacte de Varsovie, les possibilités de victoire des forces armées européennes et américaines en Europe aurait dépendu de la capacité d’approvisionnement délivré  par les marines marchandes en provenance des USA . Et pour stopper les GMO (groupe mouvement opérationnel) Russe, il aurait fallu une très grande quantité de munitions…L’objectif de la marine Russe était alors de couler un maximum de navires marchands pour empêcher ce ravitaillement, et ainsi étouffé les forces armées de l’OTAN.

Mais avant de pouvoir atteindre les convois de ravitaillement, il fallait aux forces Russes se débarrasser des forces navales américaines les escortant, et notamment les groupes aéronavales (CVBG). Or, la marine Russe était avant tout une « fleet-in-being », menaçante, mais incapable de soutenir la comparaison avec l’US Navy, tant en terme d’unités de bâtiments de combats (croiseurs, destroyers, frégates…) mais surtout de porte-avions. Ne souhaitant, et ne pouvant pas, rattraper leur retard par la contruction d’un grand nombre de nouvelles grandes unités, l’URSS s’est focalisé sur d’autres voies pour neutraliser l’US navy :

  • construction de sous-marins d’attaque nucléaire à longue portée (Codes OTAN: Foxtrot, November, Victor, Sierra, Alfa…)
  • développement de bombardiers longue portée (Codes OTAN: Tu-16 badger, Tu-22M Backfire…)
  • et surtout développement de toute une large gamme de missiles antinavires supersoniques et à longue portée (Codes OTAN: Styx, Kitchen, Sunburn…).

C’est surtout cette dernière menace qui a poussé les forces armées américaine à réfléchir à une nouvelle intégration de leur défense anti-missiles et anti-aériennes pour qu’un CVBG soit capable de faire face et de traiter un assaut de l’URSS constitué d’un très grand nombre de missiles supersoniques lancés sur plusieurs vecteurs par un grand nombre de bombardiers à longue portée.

La nouvelle défense américaine se composait de trois volets (encore utilisé aujourd’hui):

  • détection de la menace trans-horizon grâce au développement d’un avion de surveillance aérienne de longue portée, le E-2 Hawkeye,
  • développement d’un intercepteur capable d’emporter le nouveau missile air-air à longue portée AIM-54 Phoenix, à savoir le célèbre F-14 Tomcat, pour tenter d’intercepter les bombardiers russes avant leur point de lancement,
  • et en second échelon, si des bombardiers ont réussi à lancer leurs missiles, développement d’un système de radar aérien intégré antimissile et antiaérien, capable de traiter de multiples menaces « vampires » (avions ou missiles ennemis) de façon automatisé. C’est le fameux système  de combat Aegis centré autour du radar AN-SPY-1

Description technique

Le radar AN-SPY-1 est donc le coeur du système de combat anti-aérien AEGIS (surface-to-air).

Un système entièrement complet capable de traiter toutes les phases de la menace, depuis la détection automatique, l’identification, le suivi multiple et la destruction de la menace par un missile anti-missile (standard missile), placés dans des racks de lancement verticaux ou sur lanceur, du destroyer, du croiseur ou de la frégate que lequel le système est installé.

Ces « standard missile » ont évidemment évolué avec le temps, ainsi le système de combat Aegis a utilisé successivement :

  • le RIM-66 standard SM-1MR/SM-2MR (moyenne portée),
  • le RIM-67 standard SM-1ER/SM-2ER (moyenne longue portée),
  • le RIM-156 standard SM-2ER VLS, successeur du 67, capable d’être lancé verticalement depuis un rack (plus rapide et moins encombrant),
  • le RIM 161 standard SM-3, anti-aérien et anti-balistique (missiles intercontinentaux)

Le système AEGIS gère également les autres systèmes de défense de très courte portée (dernière couverture) tels que le système Phalanx CIWS.

Pour traiter la menace, il faut l’identifier et la « tracker », c’est le rôle du système radar aérien AN-SPY1, reconnaissable à sa forme singulière hexagonale.

Côté technique, on retiendra que le AN-SPY-1 est un système de radar tridimensionnel à balayage électronique multifonctionnelle  en bande S, c’est à dire opérant sur une bande de fréquence comprise entre 2 et 4GHz, et extrêmement puissant, allant jusqu’à un faisceau radar de 4 Megawatt si le ciblage est extrêmement fin (mieux vaut d’ailleurs ne pas se trouver dans le faisceau dans ce cas-là, ou dire adieu à la possibilité de faire des enfants).

Tout cela lui permet de détecter une menace dans un rayon de 185 kilomètres (100 milles marins) et de traiter simultanément 100 « vampires » différents, le tout sur un azimut de 360° omnidirectionnel, pour un couverture complète de la zone de combat.

 

 

fonctionnement radar spy

Le système radar a évidemment évolué dans le temps, avec de nombreuses refontes et améliorations. On retiendra ainsi les versions suivantes:

  • AN/SPY-1: Prototype pour développement,
  • AN/SPY-1A: première installation sur les croiseurs de classe Ticonderoga, pour du combat en haute mer (doctrine « blue water »),
  • AN/SPY-1B: nouvelle version améliorée installée sur les croiseurs de classe Ticonderoga à partir du CG-59,
  • AN/SPY-1B(V): Amélioration de la version -1B, « retrofit » sur les croiseurs Ticonderoga CG-59 et suivants,
  • AN/SPY-1D: Variante de la version -1B pour une installation sur les destroyers US Arleigh Burke, les croiseurs japonais Kongō-class destroyers et les frégates espagnoles Álvaro de Bazán
  • AN/SPY-1D(V): version destinée à la guerre de littoral (littoral warfare) et installée sur  les destroyers Atago, les destroyers sud-coréens King Sejong the Great et les frégates espagnoles F-105.
  • AN/SPY-1F: Plus petite version de la -1D destinée là encore à l’exportation pour les frégates, notamment de la classe Fridtjof Nansen.

 

evolution systeme aegis

Source photo : Lockheed Martin

 

Les armes de l’extrême : la torpille russe Chkval

Les armes de l’extrême : la torpille russe Chkval

torpille Shkval

My 50 cents…. pour un Famas

Pourquoi cet article me direz-vous ? Il est vrai que l’on a plus l’habitude de lire ici des articles sur les réseaux sociaux, la veille ou les nouvelles technologies, même si on parle également un peu de stratégie un peu plus proche du sujet… Alors pourquoi parlez d’une arme et la présenter ?
Essentiellement pour deux raisons. Tout d’abord parce qu’il fut un temps, quand j’étais plus jeune (mode: vieux con), où j’ai dû lire des tonnes et des tonnes d’informations sur les armements à travers le monde dans le cadre de mon travail, et, ma foi, eh bien, il faut que çà sorte de temps en temps. N’espérez rien de secret pour autan :), ce sont juste des informations en libre accès (l’information blanche du veilleur) mais méconnues.

L’autre raison, c’est que je veux malheureusement vous montrer que nous sommes loin d’habiter un monde de bisounours. Pour avoir visité deux trois salons spécialisés par le passé, je dois vous dire que l’imagination de l’homme est sans limite dans le domaine de l’armement. De même, sans vouloir jouer les Cassandre ou les pacifistes fanatisés, il est utopique de penser que la guerre conventionnelle a disparu avec la Seconde guerre mondiale et la fin de la Guerre froide. La tendance actuelle est malheureusement au réarmement des pays à travers le Monde (rassurez-vous tout de même, s’il y a un conflit régional dans les années à venir, ce ne sera pas en Europe).

Voilà pour la parenthèse de présentation…

Passons aux choses sérieuses…

Un vrai missile sous-marin

La torpille Chkval VA-111 est quasiment un serpent de mer dans le milieu des sous-mariniers. On sait qu’elle existe mais on ne sait pas depuis quand elle est opérationnelle (certains avancent qu’elle est en service dans la marine russe depuis plus de 35 ans). On ne connait pas sa vitesse réelle ni sa portée effective. Idem pour son système de guidage (un sonar actif étant exclus vu le bruit engendré par la torpille au lancement et lors de sa course). Les russes la possèdent, mais d’autres pays occidentaux (France, Allemagne, Etats-Unis…) ont depuis longtemps tenté de mettre en place la même technologie, et on peut penser qu’ils possèdent le même système d’arme, du moins en prototype opérationnel (programme DARPA américain, projet Barracuda allemand qui reste néanmoins nébuleux) et pas en service actif vu la dangerosité du système. On raconte même que ce fut l’explosion d’une torpille Chkval dans un tube de lancement qui causa la perte du sous-marin russe Koursk (sous marin lanceur d’engins SSBN de classe Oscar II).

Ce qui est sur, c’est que c’est une tueuse, dans les deux sens du terme : pour l’agressé, c’est une tueuse de porte-avions, pour l’agresseur, c’est un système dangereux et instable pouvant couler le sous-marin lançant l’engin, du fait du carburant utilisé par la torpille.

Au contraire d’une torpille conventionnelle filant à 70 – 80 km/h et pour certaines 150 km/h (comme la Spearfish britannique), la torpille Chkval est capable d’atteindre les 500 km/heure (on avance même 800 km/heure pour certaines versions plus récentes). Redoutable donc pour les navires visées car à une telle vitesse, le temps de réaction est évidemment très court, trop court. D’autant que la portée de lancement effective de 7 km-13 km est rapidement couverte par l’engin (en 50-60 secondes).

Le principe de supercavitation

Pour atteindre une telle vitesse, la torpille Chkval utilise le principe de supercavitation, un néologisme basé en fait sur la cavitation et le principe de Bernoulli : un liquide accéléré à grande vitesse voit sa pression baissée, conduisant à terme à sa vaporisation. Or la forme gazeuse de l’eau offre beaucoup moins de résistance que la forme liquide.

Le but est ainsi de faire évoluer la torpille dans une sorte de bulle d’air pour limiter la résistance de l’eau et ainsi augmenté la vitesse de l’engin. Pour cela, la torpille expulse une partie de ses gaz de propulsion vers l’avant, par son nez (cf photo) pour garder une forme de bulle stable et adéquate.

supercavitation torpille

Pour que la supercavitation fonctionne pour la Chkval, il est donc nécessaire d’expulser un gaz suffisamment chaud à l’avant de l’appareil pour vaporiser l’eau sous forme gazeuse et de telle façon qu’elle forme une bulle longiligne et stable, en accord avec la forme de l’engin.

Un manque de précision compensé par une redoutable rapidité

Cependant, il est à noter que ce genre de système n’est pas très précis, ce pour trois raisons:

  • la supercavitation, et son nuage de bulles d’air, reste tout de même fuyant et malléable, notamment de par la rencontre de l’eau sous forme gazeuse et liquide. Il est donc quasiment impossible de garder un cap précis à longue portée (ce malgré la présence d’ailettes de stabilisation dur l’appareil), ce qui limite d’autant la portée effective de la torpille. Cela reste une arme de courte portée,
  • de même la cavitation empêche tout simplement tout changement de cap majeur. Le lancement d’une torpille Chkval ressemble plus en effet au tir tendu d’une balle de fusil (on vise et on tire) qu’à celui d’une torpille conventionnelle pouvant changer de cap, de profondeur et de direction selon les directives données par le sonar de l’engin ou du navire lanceur. La torpille Chkvbal est sans doute seulement capable d’opérer des changements mineurs d’orientation sur une dimension (horizontale).
  • enfin, le bruit généré par la supercavitation et la bulle d’air empêche l’installation de tout système de guidage actif sur l’appareil (pas de sonar). Il y a évidemment la possibilité de « filoguider » la torpille (qui se dirigera et changera son cap en fonction des informations fournies par le sonar su sous-marin lanceur), mais vu le bruit généré par le lancement et la courte portée, il y a peu de chance que celui-ci souhaite rester sur site (et préférera plonger vers les profondeurs pour espérer survivre).

La torpille Chkval est donc une arme à utiliser selon une doctrine de « fire and forget » (on tir et on se barre!) suivant un tir de gerbe (lancement de 4 torpilles en simultané).

Un système qui reste instable, sonore et donc dangereux

Comme on l’a vu précédemment, pour pouvoir tirer le sous-marin adverse devra s’approcher au plus pres du navire visée, 7 km, soit en plein dans l’écran sonar de protection. Or, la supercavitation est très bruyante (comme le bruit d’une explosion ou d’un tir d’arme à feu). Une fois la torpille lancée, il y fort à parier que le sous-marin lanceur soit repéré (d’autant que pour un vecteur de tir efficient pour ce type de torpille, il lui faut démarrer l’engin sitôt après le lancement). Il s’expose ainsi à démasquer sa position et à subir des tirs « snapshot » (lancements de torpilles ou de roquettes ASW sur le vecteur de la torpille)

Sans expérience et sang-froid,  et sans doctrines et tactiques établies, c’est quasiment à une arme suicidaire.  Son seul salut est de saturer l’environnement en menaces (lancement d’une gerbe de torpilles Chkval et de missiles mer-mer Granit par exemple).

De même, pour générer un gaz suffisamment chaud pour générer la supercavitation, les forces russes utilisent un gaz de combustion à base de péroxyde (dioxyde d’hydrogène) particulièrement instable et dangereux : si ce gaz touchent une batterie par exemple, il y aura feu puis détonation. C’est ce genre de gaz qui a causé la perte du sous-marin américain USS Scorpion et du sous-marin britannique HMS Sidon lors d’expérimentation avec le même type de gaz de propulsion sur des torpilles conventionnelles dans les années 50. C’est dire l’instabilité de ce type d’engin, propre à couler le sous-marin sur accident ou lors d’opérations de lancement.

Une menace réelle pour les porte-avions et les groupes aéronavales

Depuis la seconde guerre mondiale, la marine russe a toujours essayé de mettre au point des plateformes et systèmes d’armes destinés à faire face à l’hégémonie des flottes de surface occidentales. En effet, ayant pris un certain retard dans la fabrication de bâtiments de qualité avant guerre et ne bénéficiant pas des RETEX (retour d’expérience) de la Seconde guerre mondial comme ses anciens alliés occidentaux, l’URSS avait un retard fatal tant qualitatif que quantitatif impossible à compenser.

N’oublions pas que l’URSS devait faire face à l’ensemble des marines de l’OTAN et que ces alliés les plus importants du Pacte de Varsovie n’étaient pas vraiment des nations maritimes (au moins pour le combat en « eau bleue »).

Pour pouvoir faire face, elle aurait du construire un nombre de portes-avions et de navires de surfaces impossibles à supporter économiquement. Soit au moins 20 porte-avions et plusieurs centaines de croiseurs,destroyers, frégates à développer et à maintenir  pour constituer les Carrier Vessel Battle Group (CVBG) ou groupe aéronavale. Sans ces efforts, elle ne restait qu’une « fleet-in-being« , représentant une menace pour l’adversaire mais dans l’impossibilité d’exercer une supériorité maritime sur le champ de bataille marin.

Pour compenser cet état de fait, l’URSS a tout miser sur les stratégies et les systèmes d’armes aériens et maritimes capable de neutraliser et de supprimer rapidement l’hégémonie maritime occidentale, constitué par les groupes aéronavales et les convois de transport maritime entre les USA et l’Europe. Le but était de neutraliser rapidement les groupes de portes-avions et le réseau sonar SOSUS atlantique (via la neutralisation de l’Islance, point nodal du réseau) pour s’assurer une liberté d’action aérienne et sous-marine (construire une flotte d’avion est moins onéreux que de construire des bâtiments de surface) permettant l’asphyxie de l’Europe (ravitailler par le matériel américain) par la destruction des convois de ravitaillement. Sans armes et sans ravitaillement suffisant, les troupes du Pacte de Varsovie auraient ainsi eu plus de chances de gagner la bataille terrestre, et donc la guerre.

L’URSS s’est ainsi mis rapidement en place pour construire après-guerre une flotte immense de sous-marins d’attaque et lanceurs d’engins de qualité (entre les sous marin de classe Alfa, les Akoula en titane, et les Sierra), tout en développant une flotte dévastatrice de chasseurs et de bombardiers pour porter le feu sur l’océan (le plus célèbre de ces bombardiers étant le bombadier supersonique TU-22M code OTAN Backfire, danger mortel de par sa vitesse et sa capacité d’emport).

Ces avions et sous-marins étaient de plus pourvus de systèmes d’armes mortels pour les occidentaux. Citons par exemple les missiles supersoniques AS-4 Kitchen et AS-5 Kelt capables de filer à quelques mètres de l’océan à une vitesse de Mach 4 et dont l’interception étaient des plus compliquées. Le tout en portant une charge explosive de 1T. Mortel pour les portes-avions!

La torpille Chkval fait indéniablement partie de ces armes « tueuses de portes-avions ». Malgré son manque de précision et de guidage, sa vitesse très élevée la rend quasiment impossible à éviter pour un porte-avions qui, s’il est rapide (condition nécessaire au lancement des avions avec la notion de vitesse relative), n’est pas vraiment maniable. Si un sous-marin russe arrivait à pénétrer la première barrière de protection sonar des CVBG américains (et croyez-moi, c’est déjà arrivé plusieurs fois, notamment avec des sous-marins français lors d’exercices conjoints de l’OTAN :D), alors il y aurait de chances que le porte-avion adverse survive à l’impact renforcé par l’énergie cinétique de l’engin.

Sans compter que les russe ont également développer une version nucléaire du VA-111 (Vodopad 83R) d’une portée plus importance (environ 16km selon les dires). Les forces armées russes ont d’ailleurs toujours adoré utiliser le nucléaire pour une multitude d’applications militaires (missiles, roquettes, et même terrassement de route pour le génie !), et ils ont très tôt développé une torpille capable d’emporter une charge nucléaire (projet de 1955 : ogive RDS-9 avec une charge effective de 5,5 KT). Voici d’ailleurs une vidéo montrant les résultats de cet essai de 1955 :

Maintenant, monter une charge nucléaire évidemment plus puissante sur la torpille VA-111 Chkval, et c’est tout le groupe aéronaval qui disparaît avec le porte-avion visé.

Rajouter à tout cela que la marine chinoise possède sans doute également une version de l’engin, et on comprendra que l’hégémonie des portes-avions sur les mers est loin d’être assuré dans les années à venir.

Seule consolation, il est avéré que ce système reste particulièrement instable et dangereux, motivant sans doute les autorités navales russe à en limiter son emport sur les sous-marins au profit de torpilles plus conventionnelles.

Source photo : wikipedia

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