Comment le FBI traque les escrocs financiers de Wall Street

Comment le FBI traque les escrocs financiers de Wall Street

A l’heure où l’Europe dans son ensemble semble groggy et lutte contre le KO dans la crise monétaire et la dette qui menace de la terrasser, il ne faut pas oublier que de l’autre côte de l’Atlantique, la situation est loin d’être meilleur bien au contraire.

Les USA peuvent encore compter sur la forte flexibilité de leur dollar pour rester compétitif et sur le dynamisme de Wall Street, notamment sur les nouvelles technologies et ses « blue ships », mais les chiffres de son économie restent mauvais (chômage, confiance des industries, confiance des ménages, immobilier….).

Bref, les USA ont toujours la gueule de bois et paient encore les pots cassés de la crise des subprimes et de l’affaire Madoff qui lui ont fait perdre des centaines de milliards de dollars et qui ont plongé son économie, et le Monde avec, dans un chaos qui semble sans fond.

Ce qui est sûr par contre, c’est que l’Oncle Sam est loin de vouloir pardonner et s’est promis de faire passer un sale quart d’heure à qui tenterait encore de le duper dans le monde de la finance. Et pour cela, elle a mis les moyens pour atteindre son objectif : les criminels en col blanc sont désormais traqués avec les moyens logiquement réservés aux terroristes, les traficants de drogues et aux tueurs en série. Tout un programme… de profilages et de filatures, pour effectuer une réelle répression de la délinquance financière.

Plus question désormais de se faire à nouveau avoir par des perspectives de rentabilité à 15% malgré une économie mondiale morose, des placements ultra-toxiques, et des hedge funds sans fondements.

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Cibler les escroqueries et utiliser de nouveaux outils

La première étape a tout d’abord été de lister l’ensemble des escroqueries menées par ces financiers peu scrupuleux. Et pour cela, il a fallu commencer par reprendre toutes les précédentes affaires qui n’ont pas été repérées à temps par la SEC (Securities and Exchange Commission), responsable de la sécurité des transactions boursières et financières aux USA (un peu équivalente à l’AMF française). On trouvera ainsi pèle-mêle faux en écritures comptables, délits d’initiés, et surtout des chaînes de Ponzi, ces circuits financier frauduleux qui ont notamment permis à Bernard Madoff de monter sa vaste escroquerie (pour faire court, il s’agit de garantir les intérêts des premiers prêteurs par les versements de nouveaux prêteurs, etc…). Ceci afin de limiter les erreurs et les fiasco du passé.

Il faut dire que le nouveau patron de la SEC est loin d’être un tendre, et a effectué un sacré ménage dans l’organisation, tant dans les pratiques quotidiennes à éliminer que dans les outils à utiliser pour traquer cette délinquance en col blanc. Sans oublier une connaissance certaine de la criminalité et de la façon de l’enrayer. M. Robert S. Khuzani, patron de la SEC depuis 2009 et l’affaire Madoff, est en effet juriste et avocat de formation, et surtout ce fut l’ancien procureur fédéral de Manhattan Sud.

Il faut dire que l’on partait quasiment de zéro tant l’image des agents de la SEC était déplorable. L’affaire Madoff ne fut que le coup de grâce. Ces agents fédéraux étaient pour ainsi dire devenu l’archétype du fonctionnaire fédéral inutile, effectuant des tâches absurdes sans les comprendre, à la limite de la stupidité, au mieux pétri de naïveté, et au pire, quasiment en connivence avec les escrocs.

Bref, une image peu reluisante que le nouveau patron de la SEC s’est efforcé d’effacer. Il a tout d’abord rappelé à ses agents que leur principal but était de coincer les escrocs financiers en faisant en sorte qu’il ne puisse cache aucun de leurs secrets. Et quoi de mieux pour empêcher les secrets que de pousser à les révéler, moyennant rétribution ? Comme partout, la dénonciation est la clé.

Pour cela, M. Khuzani a obtenu l’autorisation de créer et d’entretenir un réseau d’informateurs qui, moyennant finance, contribuent à faire remonter une masse d’infor­mations collectées dans les 35 000 entreprises américaines dont les activités pourraient être susceptibles d’être contrôlées par la SEC. C’est le début de l’entonnoir.

Ensuite, toutes ces données sont traitées et passées « au crible » par une équipe de 41 enquê­teurs de la SEC encadrés par des agents fédéraux du FBI disposant d’une profonde expérience du terrain et des enquêtes criminelle. Chaque début de piste (transactions douteuses, entre proches notamment, montants elevés, pays d’origine et et de destination de transactions considérés comme des paradis fiscaux…) est ainsi explorée, pour voir si derrière ne se cache pas un système pyramidal frauduleux ou un réseau de délits d’initiés.

Dans le même temps, les enquêteurs de la SEC ont subi une sérieuse mise à niveau de leurs compétences financières. Car si l’on prend l’affaire Madoff, les agents de l’institution auraient dû éventer la fraude en seulement quelques heures…. s’ils avaient eu les compétences nécessaires.

La SEC a également multiplié ses coopérations avec le FBI, qui dispose d’une plus forte expérience dans la lutte contre le crime et dans l’accumulation de preuves en vu d’un procès. Ainsi, des agents du FBI épaulent également la SEC quand il s’agit d’instruire un dossier, collecter les documents, et contacter les témoins les plus intéressants pour les inciter à témoigner. Idem en ce qui concerne la mise en place d’écoutes téléphoniques qui se sont multipliés dans le traitement et l’instruction des dossiers de délits d’initiés.

Les efforts les plus importants ont notamment été déployé pour faire tomber M. Raj Rajaratnam et son fonds d’investissement Galleon, qui a de fait payer pour les erreurs du passé de la SEC, même si sa culpabilité n’est plus à prouver.

Les lobbys de Wall Street en action

Cependant tout ceci, et notamment les écoutes téléphoniques, n’a pas enchanté les professionnel oeuvrant à Wall Street, notamment dans le cas de l’affaire Galleon. Même si personne ne défend M. Raj Rajaratnam dont la culpabilité de « délits d’initié » et d’escroquerie organisée est évident, les traders et les financiers se sont inquiétés du recours massif à la dénonciation et aux écoutes téléphoniques. Une hypocrisie complète pour des personnes qui soutiennent en majeur partie ces mesures quand il s’agit de lutter contre le terrorisme et le trafic de drogue.

Malheureusement, leurs plaintes, relayées par les leurs lobbyistes et leurs réseaux d’influence, ont porté leurs fruits et l’état fédéral a ainsi diminué l’année dernière le budget de fonctionnement de la SEC de 222 millions de dollars.

N’ayant plus les moyens de ses ambitions (avec limite de temps et de moyens, pour un nombre limitée d’enquêtes), la SEC s’est mis en marche pour trouver d’autres outils, moins onéreux, pour mettre à mal la délinquance financière. Toujours en collaboration avec le FBI qui lui aussi voit la délinquance financière comme faisant partie de ses attributions, car susceptible de mettre à mal la sécurité nationale des USA.

Profilage et frappe ciblée

Cependant avec le budget affaibli de la SEC, et le faible nombre d’hommes que le FBI peut détacher aux enquêtes financières (quelques centaines d’agents), il a fallu opter pour une stratégie plus précise, quasi chirurgicale, des enquêtes à mener.

Mais pour permettre cela, il faut quasiment anticiper les délits et identifier en amont les cibles d’enquêtes les plus intéressantes. Et donc se lancer dans le profilage des escrocs financiers. Pour cela, le FBI a pu profiter de l’expérience de son département spé­cialisé dans l’analyse comportementale des criminels, notamment des « serial killers », le BAU (Behavorial Analysis Unit), et qui s’est lancé dans l’analyse comportementale de Bernard Madoff, tant l’ampleur de sa fraude était énorme. Une sorte de mutant, à mi-chemin combinant la bru­talité démente des tueurs en série, dans la volonté de monter des machinations criminelles, et l’habileté des es­crocs exceptionnels.

D’autres pourraient suivre le même chemin, c’est pourquoi le FBI a monté le  BAU-2, une unité composée de huit policiers fédéraux avec pour tâche de modéliser précisément le fonctionnement psychique de cette nouvelle catégorie de criminels en col blancs. Une tâche extrêmement difficile quand on sait que le profilage psychologique d’un tueur en série nécessitent de nombreuses informations  (éléments trouvés sur la scène de crime, lieu, date, arme utilisée, nature des blessures…). Or pour la délinquance financière, il est bien plus difficile de trouver des indices exploitables pour ce profilage, hormis les rapports d’enquêtes et les entretiens avec des criminels tant habitués à mentir, qui ont bâti leurs fortunes sur un néant.Le BAU-2 n’a donc plus qu’à patiemment disséquer le comportement des criminels déjà incarcérés avant d’arriver à une caractérisation criminologique précise.

Ce qui est déjà clair, c’est que ces grands criminels financiers, ne recherchent pas simplement l’accumulation de richesses, mais cherchent au contraire un accomplissement complet de leur carrière criminelle, à la recherche de la perfection mais surtout de la domination et de la toute-puissance sur le commun des mortels. Une constante fuite en avant donc, sans aucune volonté de fuir avec le pactole, mais bien au contraire d’être vu et d’être au dessus de tous. Détournant et maniant la réalité à envie auprès de leurs clients/victimes.

Tous ces éléments psychologiques, savamment assemblés, permettront avec le temps, de dresser des attitudes et des comportements « dangereux » pour faciliter le travail de repérage des agents fédéraux en infiltration à Wall Street.

Wall Street, capitale du crime financier ?

Difficile et lent donc ! Et pourtant cette tâche de profilage est essentiel tant la gangrène semble proliférer sur la place boursière de New-York, où la transgression de la loi serait devenue la règle, et les comportements les plus aberrants dans la gestion des entreprises sembleraient dé­sormais admis.

Dehors, d’autres grands criminels financiers sont à l’oeuvre, car ils seraient naïf de penser que l’arrestation de Madoff a permis d’assainir d’un seul coup Wall Street et ses coups tordus. Et la prochaine fois, il ne faudra pas attendre que le diable ne sorte de sa boite pour agir.

En effet, l’opinion publique n’a toujours pas digéré le comportement très dis­cutable de la plupart des dirigeants des grandes banques d’affaires et des fonds d’investissement, pour qui les décisions lors de la crise n’ont fait qu’en aggraver les effets (ce qui n’est pas faux !). Une opinion publique qui se demande même pourquoi ces mêmes dirigeants n’ont pas été trainés devant les tribunaux pour y être jugés.

Ces mêmes personnes qui ont conseillé à des personnes aux revenus modestes de confier leurs économies à des personnes comme M. Madoff tout en sachant pertinemment que ses promesses en pouvaient être tenus. Il ne faut donc pas tomber dans le piège de faire de ces escrocs financiers  le mal absolu, car par là-même, on absout de leurs responsabilités ceux qui se soumet­tent un peu trop facilement à leurs maléfices.

 

Licence : FlickR par zoonabar

L’intelligence économique à l’école ?

L’intelligence économique à l’école ?

L’intelligence économique et son approche

On parle souvent de l‘intelligence économique en France, mais il est parfois difficile de bien comprendre la portée et l’intérêt de cette matière, notamment pour les entreprises françaises.

Il faut dire que l’on a longtemps souhaité, en France, faire la distinction entre l’intelligence économique et d’autres fonctions support comme le marketing stratégique, la R&D ou les achats par exemple, au contraire des pays anglo-saxons qui l’ont directement intégré dans les circuits décisionnels (c’est la « competitive intelligence »).

Résultat des courses, isolée et théorisée en quelque sorte, connue de seulement quelques experts et des entreprises du CAC 40  (et encore…), l’intelligence économique a plus souvent parler d’elle dans les actualités (prenons par exemple récemment le cas d’espionnage chez Renault) que dans la pratique, et souvent en termes « sulfureux » peu propices à un développement indispensable de ces pratiques dans les entreprises françaises.

Indispensable car il est désormais plus que nécessaire que nos entreprises évoluant à l’international protègent leurs connaissances et leurs produits d’une façon plus efficace, pour contrer les velléités de leurs concurrents internationaux.

L’intelligence économique, une approche systémique nécessaire

approche syst"émique entreprise

(source photo: daskoo.org)

Car au find, pour vulgariser évidemment, l’intelligence économique est avant tout une approche systémique de l’entreprise, suivant le même principe qui est appliqué dans l’élaboration des systèmes d’informations et des ERP mis en places dans ces mêmes entreprises:

Chaque entreprise évolue dans un environnement défini, avec ses règles et ses principes de fonctionnement. C’est l' »écosystème ». Chaque action de l’entreprise affectera cet environnement, tout comme chaque action de ce même environnement affectera en retour l’entreprise.

Et de ce constat découle toutes les fonctions et activités liés à l’intelligence économique :

  • mettre en place une veille stratégique pour connaitre son marché et ses évolutions, et adaptée à ses besoins (juridique, technologique, sociétale….),
  • benchmarker ses concurrents pour mieux les connaitre et anticiper leurs actions,
  • évaluer en interne ses ressources (humaines et techniques) via le knowledge management de façon à mieux les protéger,
  • etc…

Or, on constate que tout ceci n’est que peu ou pas du tout appliqué dans les entreprise françaises. Les arguments en défaveur de telles pratiques sont connus : manque de temps, manque de moyen, pas stratégique à la survie de l’entreprise…

Un constat lourd mais qui provient surtout d’une méconnaissance complète des tenants et aboutissants de l'(intelligence économique.

Et pourtant, comme le déclarait récemment Mr Alain Juillet, ancien haut responsable à l’intelligence économique pour l’Etat Français et défenseur ardent du rapport Martre, l’intelligence économique n’est pas une lubie passagère mais une vrai nécessité, la comparant même à ce que fut l’approche du marketing dans les années 60. D’autant que nos concurrents internationaux, notamment la Chine, eux, sont pour le moins transparent en la matière : l’intelligence économique est pour eux un moyen avéré et efficace pour trouver un avantage décisif dans une concurrence mondiale exacerbée.

Un espoir et une bonne nouvelle : une sensibilisation générale à l’intelligence économique

Il semblerait pourtant que le monde économique et universitaire ait pris fait et causes pour un développement accéléré de l’intelligence économique dans les formations supérieures françaises, de manière à fournir aux étudiants et futurs responsables des armes pour se battre à arme égale contre la concurrence internationale

Une bonne nouvelle donc, car l’objectif affiché est ambitieux : Le gouvernement français s’est en effet fixé comme de sensibiliser tous les étudiants en licence (bac+3) au concept d’intelligence économique, et ce, à partir de la rentrée 2013.

Les thématiques abordées lors de cette sensibilisation seront :

  • une découverte des techniques d’influence et de lobbying, dans l’orientation de l’information stratégique,
  • une initiation à la protection du patrimoine de l’entreprise (knowledge management), à travers la gestion des brevets et des marques, mais également à travers la classification et la protection contre la dissémination des informations stratégiques de l’entreprise,
  • une sensibilisation à la mise en place d’une veille stratégique et concurrentielle, notamment à travers d’internet et d’outils web, et à partir d’informations publiques disponibles (veille blanche complètement légale, et très souvent, largement suffisante).

L’université « pilote », en quelque sorte, sera l’université de Paris-Dauphine, déjà active en matière d’intelligence économique, avec le lancement en février de la chaire «Intelligence économique et stratégie des organisations » (en partenariat avec des entreprises du CAC40 : Sogeti, Total et Sanofi-Aventis). Doté d’un programme des plus complet en la matière, cette formation de type master pourrait servir de base solide pour un essaimage dans d’autres universités françaises.

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