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Parallèlement à l’évolution des forces terrestres, l’artillerie navale voit également son utilisation se modifier ces dernières années grâce à l’utilisation de nouvelles technologies ayant profondément influé sur les dernières classes de munitions d’artillerie.

canon oto-melara 76mm

De nouvelles munitions pour de nouveaux usages en terme de stratégie

L’évolution rapide de la situation géopolitique mondiale ces dernières années a remis au goût du jour, ou tout du moins à évoluer plus rapidement que d’autres compartiments de la géographie maritime, la nécessité d’avoir des navires de guerre facilement projetables à travers le globe, et aptes à opérer dans le combat côtier et en zone littorale.
C’est dans un sens le renouveau de flotte apte à opérer selon les doctrines navales de « green water » (doctrine côtière) et de « brown water » (doctrine fluviale).

Ces opérations en zone littorale différent évidemment des missions traditionnelles des marines océaniques (doctrine « blue water« ), notamment en terme de capacité de bombardement côtier. Notamment quand l’on se souvient que les derniers bombardement par des cuirassés (de classe Iowa) remonte à la première guerre du Golfe (retirés du service en 1996, deux d’entre eux ont néanmoins été maintenu en état de réserve opérationnel selon les conditions édictées par le National Defense Authorization Act of 2007). Depuis, la puissance de frappe des bâtiments récents a particulièrement décliné par rapport aux besoins actuels.

D’autant que la multiplication des vecteurs aériens de tailles et de puissances diverses, notamment des missiles antinavires, a fortement encouragé à l’emploi de pièces d’artillerie de calibre moindre que celles destinées aux bombardements navals, notamment pour des raisons de fréquence de tirs. Ces pièces d’artillerie permettent de fournir une capacité antiaérienne à des navires ne disposant pas des dimensions nécessaires à l’embarquement de silos de lancement de missiles antiaériens à longues portée (hormis les systèmes dits d’autodéfense comme le CIWS ou le Crotale naval).

Pour essayer de faire face à toutes ces applications aux besoins très différents, les concepteurs de bâtiments de surface se sont orientés vers l’utilisation de canons très polyvalents, notamment sur deux classes de pièces:

  • le 57mm ou le 76 mm, qui sert essentiellement à la lutte anti-navire et à la défense antiaérienne,
  • le 127 mm ou le 155 mm, permettant de fournir la puissance nécessaire à l’appui d’artillerie des troupes débarquées ainsi qu’au traitement de menaces de surface plus résistantes ou plus éloignées.

Et comme, il n’est pas toujours possible d’embarquer ces deux types de pièces sur tous les navires de flottes (notamment de par des problèmes de taille et de dimensions), il a fallu compenser par l’emploi de munitions spécifiques.
Ces munitions dites « intelligentes » permettent de plus de travailler sur des gammes de puissance et de précision différentes, pour gagner d’autant en flexibilité et en réactivité d’emploi.

La polyvalence même : les canons Oto Melara

Un constructeur de canon a particulièrement su répondre aux nouveaux besoins des marines de guerre. Il s’agit de la firme Italienne Oto Melara qui a su développé une plateforme de tir qui équipe désormais de nombreux navires à travers le monde, notamment son 76mm (compact et SR super rapid) puis son remplaçant le 57 mm cal 54.

La photo ci-après montre d’ailleurs un Oto Melara 76mm SR en train d’effectuer un tir d’essai depuis une frégate coréenne.

tir canon 76mm oto melara

Ces canons de calibre moindre (76mm) permettent néanmoins de traiter un grand nombre de tâches grâce à leur extrême polyvalence, tant en terme de cadence de tir, de portée et surtout de capacité à tirer un grand nombres de munitions forts différentes. D’autant que la possibilité d’implanter un double système d’alimentation en munitions, comme sur les tourelles Davide d’Oto Melara, permette une très grande réactivité face à des situations changeantes.

Type de munitions intelligentes en emploi

Voici d’ailleurs une liste et les types de munitions intelligentes désormais en service sur les derniers bâtiments de surface entrés en service (frégates et destroyers notamment):

  • Obus non guidé et préfragmenté, avec détonateur programmable pour flexibilité d’emploi (contact, retardé, de proximité), et destiné à « poivrer » une zone donnée, tel le Mk 295 mod O de BAE systems, et destiné à lutter contre les menaces aériennes (missiles anti-navires), voire les embarcations légères et rapides.
  • Obus sabot guidé avec capacité de vol, également pour la défense antimissiles et antiaérienne, comme la munition d’Oto Melara pour 76mm Strales Dart, disposant de plans canard à l’avant et d’ailettes directionnelles à l’arrière pour le contrôle du vol, d’un guidage « type GPS » Galileo, et d’un détonateur de proximité. Cet obus dispose d’une vélocité très importante apte à contrer les manoeuvres d’évitement des missiles antinavires et permet surtout de traiter plusieurs menaces simultanément avec un très fort taux de réussite.
  • Obus HE explosif et semi-perforant, pour la lutte antinavire à moyenne portée (jusqu’à 11 nautiques parfois).
  • Obus explosifs à fragmentation, comme les munitions russes A3-UZSB-62RP, et destinés à l’appui d’artillerie naval (portée de 9 nautiques).
  • Munitions guidées à longue portée avec propulsion additionnelle (type fusée à combustion solide), pour le bombardement de précision et l’appui feu, avec guidage infrarouge ou GPS (comme les munitions Vulcano d’Oto Melara permettant d’atteindre une cible distante de 65 nautiques, soit hors de portée de tirs en provenance de la zone bombardée, ou alors la munition LRLAP de Lockheed Martin/BAE systems qui dispose d’une portée supérieure de 74 nautiques, soit 137 kilomètres)

Des ouvrages pour aller plus loin dans la réflexion

L’art de la stratégie navale est définitivement en train de revenir sur le devant de la scène géopolitique mondiale, tant au niveau des tactiques d’utilisation que des possibilités offertes par les armements embarqués qui évoluent grandement au fur et à mesure des refontes profondes de bâtiments existants que dans du fait du lancement de nouveaux programmes (FREMM, Horizon…). En plus des munitions intelligentes, on observera également un « renouveau » des capacités ASW, anti sous-marines, sur certaines classes de bâtiments, qui avaient quasiment disparu pour des raisons essentiellement budgétaires (comme par exemple sur les frégates françaises Lafayette). La raison a un évident regain de la menace sous-marine à travers la planète.

A ce sujet, et pour pousser un plus loin vos réflexions sur le sujet, voici deux ouvrages que je pourrais vous recommander.
Le premier s’intitule « les fondements de la stratégie navale au XXIe siècle » et est paru dans l’excellente collection « Economica – bibliothèque stratégique« . Il brosse un portrait très complet des évolutions et des nouvelles attentes des Etats en terme de stratégie navale pour ce nouveau siècle. C’est complet, solidement documenté, et dans l’ensemble, assez accessible.

Dans la même veine, je recommanderais également « le meilleur des ambassadeurs », paru dans la même collection, et écrit par M. Hervé Coutau-Bégarie, directeur d’études à l’Ecole pratique des Hautes Etudes, professeur au Collège Interarmées de Défense et président de l’Institut de Stratégie Comparée. Il vous permettra de mieux faire le lien entre volontés politiques, motivations géopolitiques et stratégie navale. L’analyse des différentes opérations navales françaises effectuées depuis les années 60 est particulièrement enrichissant. En somme, un ouvrage très complet.


Crédit photo : wikipedia, Militaryphoto.net

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