torpille Shkval

Les armes de l’extrême : la torpille russe Chkval

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torpille Shkval 2 Les armes de lextrême : la torpille russe Chkval

My 50 cents…. pour un Famas

Pourquoi cet article me direz-vous ? Il est vrai que l’on a plus l’habitude de lire ici des articles sur les réseaux sociaux, la veille ou les nouvelles technologies, même si on parle également un peu de stratégie un peu plus proche du sujet… Alors pourquoi parlez d’une arme et la présenter ?
Essentiellement pour deux raisons. Tout d’abord parce qu’il fut un temps, quand j’étais plus jeune (mode: vieux con), où j’ai dû lire des tonnes et des tonnes d’informations sur les armements à travers le monde dans le cadre de mon travail, et, ma foi, eh bien, il faut que çà sorte de temps en temps. N’espérez rien de secret pour autan :), ce sont juste des informations en libre accès (l’information blanche du veilleur) mais méconnues.

L’autre raison, c’est que je veux malheureusement vous montrer que nous sommes loin d’habiter un monde de bisounours. Pour avoir visité deux trois salons spécialisés par le passé, je dois vous dire que l’imagination de l’homme est sans limite dans le domaine de l’armement. De même, sans vouloir jouer les Cassandre ou les pacifistes fanatisés, il est utopique de penser que la guerre conventionnelle a disparu avec la Seconde guerre mondiale et la fin de la Guerre froide. La tendance actuelle est malheureusement au réarmement des pays à travers le Monde (rassurez-vous tout de même, s’il y a un conflit régional dans les années à venir, ce ne sera pas en Europe).

Voilà pour la parenthèse de présentation…

Passons aux choses sérieuses…

Un vrai missile sous-marintorpille Shkval 200x300 Les armes de lextrême : la torpille russe Chkval

La torpille Chkval VA-111 est quasiment un serpent de mer dans le milieu des sous-mariniers. On sait qu’elle existe mais on ne sait pas depuis quand elle est opérationnelle (certains avancent qu’elle est en service dans la marine russe depuis plus de 35 ans). On ne connait pas sa vitesse réelle ni sa portée effective. Idem pour son système de guidage (un sonar actif étant exclus vu le bruit engendré par la torpille au lancement et lors de sa course). Les russes la possèdent, mais d’autres pays occidentaux (France, Allemagne, Etats-Unis…) ont depuis longtemps tenté de mettre en place la même technologie, et on peut penser qu’ils possèdent le même système d’arme, du moins en prototype opérationnel (programme DARPA américain, projet Barracuda allemand qui reste néanmoins nébuleux) et pas en service actif vu la dangerosité du système. On raconte même que ce fut l’explosion d’une torpille Chkval dans un tube de lancement qui causa la perte du sous-marin russe Koursk (sous marin lanceur d’engins SSBN de classe Oscar II).

Ce qui est sur, c’est que c’est une tueuse, dans les deux sens du terme : pour l’agressé, c’est une tueuse de porte-avions, pour l’agresseur, c’est un système dangereux et instable pouvant couler le sous-marin lançant l’engin, du fait du carburant utilisé par la torpille.

Au contraire d’une torpille conventionnelle filant à 70 – 80 km/h et pour certaines 150 km/h (comme la Spearfish britannique), la torpille Chkval est capable d’atteindre les 500 km/heure (on avance même 800 km/heure pour certaines versions plus récentes). Redoutable donc pour les navires visées car à une telle vitesse, le temps de réaction est évidemment très court, trop court. D’autant que la portée de lancement effective de 7 km-13 km est rapidement couverte par l’engin (en 50-60 secondes).

Le principe de supercavitation

Pour atteindre une telle vitesse, la torpille Chkval utilise le principe de supercavitation, un néologisme basé en fait sur la cavitation et le principe de Bernoulli : un liquide accéléré à grande vitesse voit sa pression baissée, conduisant à terme à sa vaporisation. Or la forme gazeuse de l’eau offre beaucoup moins de résistance que la forme liquide.

Le but est ainsi de faire évoluer la torpille dans une sorte de bulle d’air pour limiter la résistance de l’eau et ainsi augmenté la vitesse de l’engin. Pour cela, la torpille expulse une partie de ses gaz de propulsion vers l’avant, par son nez (cf photo) pour garder une forme de bulle stable et adéquate.

supercavitation Les armes de lextrême : la torpille russe Chkval

Pour que la supercavitation fonctionne pour la Chkval, il est donc nécessaire d’expulser un gaz suffisamment chaud à l’avant de l’appareil pour vaporiser l’eau sous forme gazeuse et de telle façon qu’elle forme une bulle longiligne et stable, en accord avec la forme de l’engin.

Un manque de précision compensé par une redoutable rapidité

Cependant, il est à noter que ce genre de système n’est pas très précis, ce pour trois raisons:

  • la supercavitation, et son nuage de bulles d’air, reste tout de même fuyant et malléable, notamment de par la rencontre de l’eau sous forme gazeuse et liquide. Il est donc quasiment impossible de garder un cap précis à longue portée (ce malgré la présence d’ailettes de stabilisation dur l’appareil), ce qui limite d’autant la portée effective de la torpille. Cela reste une arme de courte portée,
  • de même la cavitation empêche tout simplement tout changement de cap majeur. Le lancement d’une torpille Chkval ressemble plus en effet au tir tendu d’une balle de fusil (on vise et on tire) qu’à celui d’une torpille conventionnelle pouvant changer de cap, de profondeur et de direction selon les directives données par le sonar de l’engin ou du navire lanceur. La torpille Chkvbal est sans doute seulement capable d’opérer des changements mineurs d’orientation sur une dimension (horizontale).
  • enfin, le bruit généré par la supercavitation et la bulle d’air empêche l’installation de tout système de guidage actif sur l’appareil (pas de sonar). Il y a évidemment la possibilité de « filoguider » la torpille (qui se dirigera et changera son cap en fonction des informations fournies par le sonar su sous-marin lanceur), mais vu le bruit généré par le lancement et la courte portée, il y a peu de chance que celui-ci souhaite rester sur site (et préférera plonger vers les profondeurs pour espérer survivre).

La torpille Chkval est donc une arme à utiliser selon une doctrine de « fire and forget » (on tir et on se barre!) suivant un tir de gerbe (lancement de 4 torpilles en simultané).

Un système qui reste instable, sonore et donc dangereux

Comme on l’a vu précédemment, pour pouvoir tirer le sous-marin adverse devra s’approcher au plus pres du navire visée, 7 km, soit en plein dans l’écran sonar de protection. Or, la supercavitation est très bruyante (comme le bruit d’une explosion ou d’un tir d’arme à feu). Une fois la torpille lancée, il y fort à parier que le sous-marin lanceur soit repéré (d’autant que pour un vecteur de tir efficient pour ce type de torpille, il lui faut démarrer l’engin sitôt après le lancement). Il s’expose ainsi à démasquer sa position et à subir des tirs « snapshot » (lancements de torpilles ou de roquettes ASW sur le vecteur de la torpille)

Sans expérience et sang-froid,  et sans doctrines et tactiques établies, c’est quasiment à une arme suicidaire.  Son seul salut est de saturer l’environnement en menaces (lancement d’une gerbe de torpilles Chkval et de missiles mer-mer Granit par exemple).

De même, pour générer un gaz suffisamment chaud pour générer la supercavitation, les forces russes utilisent un gaz de combustion à base de péroxyde (dioxyde d’hydrogène) particulièrement instable et dangereux : si ce gaz touchent une batterie par exemple, il y aura feu puis détonation. C’est ce genre de gaz qui a causé la perte du sous-marin américain USS Scorpion et du sous-marin britannique HMS Sidon lors d’expérimentation avec le même type de gaz de propulsion sur des torpilles conventionnelles dans les années 50. C’est dire l’instabilité de ce type d’engin, propre à couler le sous-marin sur accident ou lors d’opérations de lancement.

Une menace réelle pour les porte-avions et les groupes aéronavales

Depuis la seconde guerre mondiale, la marine russe a toujours essayé de mettre au point des plateformes et systèmes d’armes destinés à faire face à l’hégémonie des flottes de surface occidentales. En effet, ayant pris un certain retard dans la fabrication de bâtiments de qualité avant guerre et ne bénéficiant pas des RETEX (retour d’expérience) de la Seconde guerre mondial comme ses anciens alliés occidentaux, l’URSS avait un retard fatal tant qualitatif que quantitatif impossible à compenser.

N’oublions pas que l’URSS devait faire face à l’ensemble des marines de l’OTAN et que ces alliés les plus importants du Pacte de Varsovie n’étaient pas vraiment des nations maritimes (au moins pour le combat en « eau bleue »).

Pour pouvoir faire face, elle aurait du construire un nombre de portes-avions et de navires de surfaces impossibles à supporter économiquement. Soit au moins 20 porte-avions et plusieurs centaines de croiseurs,destroyers, frégates à développer et à maintenir  pour constituer les Carrier Vessel Battle Group (CVBG) ou groupe aéronavale. Sans ces efforts, elle ne restait qu’une « fleet-in-being« , représentant une menace pour l’adversaire mais dans l’impossibilité d’exercer une supériorité maritime sur le champ de bataille marin.

Pour compenser cet état de fait, l’URSS a tout miser sur les stratégies et les systèmes d’armes aériens et maritimes capable de neutraliser et de supprimer rapidement l’hégémonie maritime occidentale, constitué par les groupes aéronavales et les convois de transport maritime entre les USA et l’Europe. Le but était de neutraliser rapidement les groupes de portes-avions et le réseau sonar SOSUS atlantique (via la neutralisation de l’Islance, point nodal du réseau) pour s’assurer une liberté d’action aérienne et sous-marine (construire une flotte d’avion est moins onéreux que de construire des bâtiments de surface) permettant l’asphyxie de l’Europe (ravitailler par le matériel américain) par la destruction des convois de ravitaillement. Sans armes et sans ravitaillement suffisant, les troupes du Pacte de Varsovie auraient ainsi eu plus de chances de gagner la bataille terrestre, et donc la guerre.

L’URSS s’est ainsi mis rapidement en place pour construire après-guerre une flotte immense de sous-marins d’attaque et lanceurs d’engins de qualité (entre les sous marin de classe Alfa, les Akoula en titane, et les Sierra), tout en développant une flotte dévastatrice de chasseurs et de bombardiers pour porter le feu sur l’océan (le plus célèbre de ces bombardiers étant le bombadier supersonique TU-22M code OTAN Backfire, danger mortel de par sa vitesse et sa capacité d’emport).

Ces avions et sous-marins étaient de plus pourvus de systèmes d’armes mortels pour les occidentaux. Citons par exemple les missiles supersoniques AS-4 Kitchen et AS-5 Kelt capables de filer à quelques mètres de l’océan à une vitesse de Mach 4 et dont l’interception étaient des plus compliquées. Le tout en portant une charge explosive de 1T. Mortel pour les portes-avions!

La torpille Chkval fait indéniablement partie de ces armes « tueuses de portes-avions ». Malgré son manque de précision et de guidage, sa vitesse très élevée la rend quasiment impossible à éviter pour un porte-avions qui, s’il est rapide (condition nécessaire au lancement des avions avec la notion de vitesse relative), n’est pas vraiment maniable. Si un sous-marin russe arrivait à pénétrer la première barrière de protection sonar des CVBG américains (et croyez-moi, c’est déjà arrivé plusieurs fois, notamment avec des sous-marins français lors d’exercices conjoints de l’OTAN :D), alors il y aurait de chances que le porte-avion adverse survive à l’impact renforcé par l’énergie cinétique de l’engin.

Sans compter que les russe ont également développer une version nucléaire du VA-111 (Vodopad 83R) d’une portée plus importance (environ 16km selon les dires). Les forces armées russes ont d’ailleurs toujours adoré utiliser le nucléaire pour une multitude d’applications militaires (missiles, roquettes, et même terrassement de route pour le génie !), et ils ont très tôt développé une torpille capable d’emporter une charge nucléaire (projet de 1955 : ogive RDS-9 avec une charge effective de 5,5 KT). Voici d’ailleurs une vidéo montrant les résultats de cet essai de 1955 :

Maintenant, monter une charge nucléaire évidemment plus puissante sur la torpille VA-111 Chkval, et c’est tout le groupe aéronaval qui disparaît avec le porte-avion visé.

Rajouter à tout cela que la marine chinoise possède sans doute également une version de l’engin, et on comprendra que l’hégémonie des portes-avions sur les mers est loin d’être assuré dans les années à venir.

Seule consolation, il est avéré que ce système reste particulièrement instable et dangereux, motivant sans doute les autorités navales russe à en limiter son emport sur les sous-marins au profit de torpilles plus conventionnelles.

Source photo : wikipedia

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Auteur : John Steed

Maitre à tout faire de ce blog, M.Steed est l'auteur de nombreux articles traitant de domaines fort différents (économie, géopolitique, réseaux sociaux, veille...). Ceci grâce à ces nombreuses années d'expérience sur le terrain et à sa soif d'apprendre.

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